La Fédération québécoise des municipalités (FQM) salue l’annonce du gouvernement du Québec d’accorder une aide d’urgence de 28 millions $ pour lutter contre l’itinérance. Elle se réjouit de la rapidité d’intervention du nouveau gouvernement, et de sa volonté de soutenir les communautés touchées par cette problématique grandissante.
De cette enveloppe, 18 millions $ seront consacrés à Montréal, tandis que 10 millions $ seront répartis entre 15 autres régions du Québec. La FQM estime que les municipalités — qui interviennent directement auprès des personnes en situation d’itinérance — doivent disposer des ressources nécessaires pour répondre aux besoins de leur population.
« L’itinérance est un enjeu qui prend de l’ampleur, et qui exige une mobilisation de tous les partenaires. Nous sommes satisfaits de voir le gouvernement agir rapidement, et reconnaître l’importance de soutenir toutes les régions. Les municipalités sont en première ligne, et doivent disposer des moyens nécessaires pour intervenir efficacement auprès des personnes les plus vulnérables », souligne Jacques Demers, président de la FQM et maire de Sainte-Catherine-de-Hatley.
Un plan d’un milliard $ sur quatre ans
Cette aide d’urgence s’inscrit dans la volonté annoncée par le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, de s’attaquer à la crise de l’itinérance. Selon la plate-forme de la formation politique, le gouvernement prévoit des investissements d’un milliard $ sur quatre ans, dont 400 millions $ pour du logement adapté, et 600 millions $ pour des programmes sociaux et de prévention.
Le plan vise notamment à réduire de 50 % l’itinérance d’ici 2030. Lors de la présentation de ses engagements, Paul St-Pierre Plamondon avait rappelé l’augmentation du nombre de personnes en situation d’itinérance au Québec. Selon les chiffres avancés par le chef péquiste, le nombre de ces personnes serait passé d’environ 6000 en 2018 à 12 000 en 2025. À Québec, il serait passé de 545 à 1084 au cours de la même période.
« La crise de l’itinérance touche toutes les régions du Québec », avait déclaré Paul St-Pierre Plamondon, affirmant vouloir assumer personnellement la responsabilité de cet enjeu à titre de premier ministre.
La FQM veut contribuer aux solutions
La Fédération québécoise des municipalités, qui regroupe plus de 1050 membres répartis dans l’ensemble du Québec, entend poursuivre sa collaboration avec le gouvernement et les partenaires concernés afin de contribuer à l’élaboration de solutions durables, adaptées aux réalités municipales et régionales.
L’organisation participera au Sommet sur l’itinérance prévu en 2027 pour y faire entendre la voix des municipalités, et contribuer aux discussions sur les mesures à privilégier pour répondre à cette crise.
Tandem-Jeunesse attend toujours les sommes promises par Québec
Tandem-Jeunesse de La Pocatière attend toujours de connaître les sommes qui lui seront accordées dans le cadre de l’aide d’urgence débloquée par Québec pour lutter contre l’itinérance. La directrice générale Karina Fleury espère que cette aide permettra de soutenir les interventions durant l’hiver, mais ignore pour le moment quelle part sera réservée à son organisme, et à quelles conditions.
« On accueille positivement cette annonce, mais on est vraiment dans l’attente de ce qu’on va recevoir », explique-t-elle. L’organisme, membre du Regroupement des Auberges du cœur, doit notamment savoir si Québec lancera un appel de projets, ou s’il privilégiera la reconduction de mesures déjà en place.
Parce que, selon elle, si on souhaite intervenir de façon plus durable en lien avec l’itinérance, il faut aussi agir en prévention. C’est au niveau de la prévention de l’itinérance jeunesse que Tandem-Jeunesse s’inscrit. Toutefois, le financement pour les mesures de prévention est très rare. C’est pour cela que Tandem-Jeunesse et le Regroupement des Auberges du cœur revendiquent un meilleur financement à la mission, via le Programme de soutien des organismes communautaires (PSOC) », ajoute Mme Fleury.
C’est dans cette optique qu’une partie de l’équipe s’est mobilisée récemment afin d’aller manifester à Rimouski dans le cadre du mouvement Le Communautaire à boutte, et rappeler que de financer le communautaire adéquatement n’est pas une dépense, mais un investissement.
Par le passé, Tandem-Jeunesse a obtenu des sommes relativement modestes pour répondre à certains besoins ponctuels. Karina Fleury a hâte de connaître la portée de la nouvelle enveloppe, et les moyens qui seront accessibles aux organismes de la région.
Dur hiver
Les mesures hivernales ne peuvent toutefois pas prendre la même forme partout. La maison d’hébergement de Tandem-Jeunesse accueille des jeunes de 15 à 22 ans. Compte tenu de la présence de mineurs, elle ne peut pas ouvrir ses portes à toutes les personnes qui ont besoin d’un toit.
L’organisme privilégie plutôt le maintien en hébergement lorsque c’est possible, afin d’éviter qu’un jeune se retrouve à la rue pendant l’hiver.
Des jeunes sans réseau pour les soutenir
À La Pocatière, une partie des situations préoccupantes concerne les jeunes qui quittent le système de protection de la jeunesse à l’approche de leurs 18 ans, ou après cet âge. Certains ne disposent pas d’un réseau familial ou social suffisamment solide pour les aider à franchir cette étape. « Ils n’ont souvent personne autour d’eux pour s’adapter, et faire face à leur nouvelle liberté », souligne la directrice générale.
Les difficultés peuvent s’accumuler rapidement : un jeune n’arrive pas à payer son logement, perd son appartement, et se tourne vers un ami pour se loger temporairement. Lorsque cet hébergement prend fin, il doit trouver une autre solution, sans garantie de stabilité.
« On essaie de travailler en prévention », précise Karina Fleury, qui souligne que certains jeunes ne peuvent pas compter sur leurs parents. Même lorsque ceux-ci sont présents, ils peuvent avoir été fortement sollicités, et devoir se désengager progressivement.
Une réalité difficile à mesurer
La maison d’hébergement a maintenant une liste d’attente, ce qui n’était pas le cas auparavant. Karina Fleury demeure toutefois prudente avant de conclure à une augmentation de la demande. « Est-ce que c’est la demande qui a augmenté, ou le fait que les partenaires nous utilisent plus ? », questionne-t-elle.
Elle estime également que l’itinérance des jeunes a longtemps été moins visible, parce qu’elle n’était pas désignée comme telle. Des jeunes qui peinaient à trouver un logement, ou à le conserver, vivaient déjà de l’instabilité résidentielle, même si le phénomène était moins souvent nommé.
« Un jeune qui doit passer d’un ami à l’autre, faute d’avoir un logement stable, peut lui aussi vivre une situation précaire. L’étiquette demeure cependant difficile à accepter pour certains jeunes, en raison des préjugés qui entourent l’itinérance », rappelle Karina Fleury.
Les trop rares logements abordables
À La Pocatière, si la directrice générale ne considère pas que la situation constitue actuellement une crise de l’itinérance comme telle, elle identifie toutefois des problèmes de fond qui touchent la région, comme la mobilité et la disponibilité de logements à prix abordable.
La construction de 250 logements à La Pocatière, en vertu du Quartier Bernard-Bélanger, dont 25 % seront offerts à prix modiques, de même qu’un autre projet de 24 unités de logements, dont 12 à environ 800$ à Saint-Pascal, devraient aider.
Tandem-Jeunesse attend de connaître les sommes qui lui seront accordées avant de pouvoir déterminer les interventions supplémentaires qu’il pourra mettre en place.
