Nous sommes le 25 novembre 1988, il est 18 h 46 min. Un violent tremblement de terre de magnitude 6 frappe nos régions sur les deux rives. Il est aussi ressenti au Kamouraska. Si les dommages sont plutôt mineurs malgré son intensité, il sème rapidement la peur. Je suis en ondes ce soir-là à CIHO.
Parti chercher une pizza, je n’ai rien senti. « Tremblement de terre », crie-t-on au casse-croûte. Bande de peureux. Je pars avec mon lunch. À la radio, je n’entends que des ‘’grichements’’ et n’ai aucune idée de ce qui vient de se passer. De retour à la station, les disques, les revues, tout est par terre. Mon ami Dave Kidd, avec qui j’animais l’émission, est vert. « Ça a shaké en maudit ».
L’émetteur de CIHO et la console étaient autonomes en énergie, alimentés par une génératrice reliée à une éolienne sur le mont des Éboulements. Si ça tombait souvent en panne et forçait un technicien à monter en motoneige ou VTT pour repartir la machine, cette fois, ça a continué de fonctionner et ce fût très utile.
Mais je n’ai aucune idée de ce qui vient de se produire, les téléphones électriques ne fonctionnent pas, aucun moyen de joindre Hilarion Bergeron, la référence en la matière, qui demeure pourtant près de la station et possède un sismographe. Mais je dois aller en ondes et dire aux gens ce qui se passe. Il faut trouver un moyen.
Comme j’étais à la mode, j’avais un walkman. Compact et jaune. Pour les jeunes qui voudraient la ‘’ref’’, c’était un petit lecteur de cassettes qui pouvait aussi capter la radio. J’attrape donc mon walkman, avec lequel je capte la station de radio CHRC à Québec. Ça ‘’griche’’, mais j’entends l’animateur, André Paillé, qui parle de l’événement, des dommages partout et dit qu’il va joindre… Hilarion Bergeron!
Je ne fais ni une ni deux et les écouteurs sur les oreilles, j’ouvre le micro et je me mets à répéter textuellement et en direct ce qui se dit à CHRC. Je ne sais pas si vous pouvez imaginer, mais ça demande une immense concentration. À mon souvenir, ça a duré de très longues minutes.
Puis, l’électricité revient. Les téléphones fonctionnent à nouveau et j’ouvre les lignes. Je me souviens très bien d’ailleurs avoir eu plusieurs appels de gens de la rive sud. CIHO était très bien captée au Kamouraska, l’antenne est pratiquement en face, sur le mont des Éboulements. Honnêtement, ça a été l’événement radio dont je me souviendrai toujours et dont je suis fier.
On m’a longtemps dit que j’avais contribué à rassurer la population et leurs proches à l’extérieur. Mais j’étais animateur et c’était la première fois ou j’informais véritablement le public d’un événement autre que le changement de coiffure de Julie Masse. Sans le savoir, je venais de faire mes premiers pas dans le monde du journalisme. Et j’avais aimé ça !
De l’audio à la plume
Ma popularité tient beaucoup au style ‘’commercial’ pour lequel curieusement je n’avais pas été retenu à l’entrevue initiale. En même temps, comme je suis DJ dans les discothèques, j’entreprends de faire comme les stations des grands centres et de signer non seulement un palmarès dans le journal local, mais aussi une chronique artistique. Je ne l’ai jamais fait, je ne sais pas comme écrire un tel papier. À tout le moins, je n’ai jamais essayé. Comme ils disent en anglais « Fake it, until you make it » (fais semblant jusqu’à ce que tu sache le faire ». J’ai fait semblant.
Déjà branché avec les différentes compagnies de disque à cause de mon émission artistique à la télé communautaire, je reçois déjà leurs communiqués. Ne sachant pas comment écrire une chronique, je coupe et colle ensemble 4 ou 5 communiqués que j’envoie par fax au journal. Ce sera ma chronique, dans laquelle je n’écrirai pas un mot.
Puis, un jour, je me lance. Une phrase, un petit ajout, un paragraphe, une nouvelle complète, ça se passe assez bien. J’y prend goût. Et voici que durant quelques années, j’écris moi-même toute ma chronique. Les échos des grands artistes prennent vie sous ma plume.
L’appel de l’autre rive…
Les années passent : 1986, 1987, 1988, j’anime le top 20 qui se retrouve dans le journal, je recrée mes mix de discothèques à la radio, souvent en direct, je réalise des montages sonores disco et ‘’dance’’ que les gens adorent. C’était la belle époque de Michael Jackson, Madonna, Donna Summer, Prince, etc…
Puis, CIHO est aux prises avec d’importantes difficultés financière et remercie deux animateurs et un journaliste pour l’été. J’en suis. Mon licenciement temporaire a des échos jusque sur la rive sud. Gilles Gosselin, directeur aux stations CJFP, CIBM et CHGB, (oui oui, le fameux ‘’poste Sainte-Anne’’ de La Pocatière), veut me rencontrer. La semaine prochaine, ma traversée des eaux !
