Décentralisation. Gouvernement régional. Constitution québécoise. Voilà des termes qui semblent tout sauf sexy pour l’électeur de 2020. Roméo Bouchard tient néanmoins mordicus à ces principes, au point qu’il y voit la clé pour redonner aux Québécois le contrôle de leurs communautés au sortir de la crise de la COVID-19, à l’intérieur de son dernier ouvrage « Décentralisons-nous ! ».
« Décentralisons-nous, pour une sortie de crise digne du Québec » est le deuxième tome d’une trilogie sur la démocratie et la citoyenneté québécoise élaborée par André Larocque et Roméo Bouchard et le seul qu’ils signent conjointement. Le tandem Bouchard-Larocque y détaille avec précision, sans jamais confondre le lecteur, le projet politique qui pourrait être porté par le Québec ces prochaines années : la décentralisation.
Concept souvent promis, mais rarement livré par les politiciens, les auteurs se permettent même un peu d’éducation sur le terme, trop souvent confondu avec la déconcentration par le commun des mortels.
« Décentraliser, c’est transférer le pouvoir de décider qui est actuellement à Québec, parfois même Montréal, pour le redistribuer vers des centres locaux et régionaux. Déconcentrer, c’est plutôt redéployer des secteurs de l’économie ou des services sur l’ensemble du territoire », explique Roméo Bouchard.
Pour le militant de Saint-Germain-de-Kamouraska, la centralisation de l’État québécois est assurément très forte. L’Italie, les régions françaises ou même les cantons suisses, cite-t-il en exemple, sont de meilleurs modèles de décentralisation. Mais pour mettre le concept en œuvre au Québec, il faut inverser le paradigme et accepter que le pouvoir politique parte du bas vers le haut, et non l’inverse, comme c’est actuellement le cas.
« Les municipalités sont le palier de gouvernement le plus près du citoyen, mais elles sont des créatures de l’État. Elles n’ont jamais le dernier mot. Leur développement est souvent tributaire de Québec ou Ottawa », rappelle-t-il.
Gouvernement régional et constitution
La création de gouvernements régionaux élus démocratiquement sur les territoires des régions administratives actuelles est une des propositions les plus ambitieuses qu’André Larocque et Roméo Bouchard formulent dans « Décentralisons-nous ! » et qui s’inscrit en parfaite continuité avec cette vision de réappropriation des institutions démocratiques par les citoyens. Ces gouvernements seraient bien entendu dotés de budgets et de responsabilités, contribuant ainsi à cette fameuse décentralisation des pouvoirs tant souhaitée.
Pour le tandem, il s’agirait là d’une partie du rêve inachevé de la Révolution tranquille que le défunt premier ministre René Lévesque aurait souhaité mettre en œuvre. « Décentralisations-nous ! » fait d’ailleurs référence à plusieurs reprises au fameux « Livre blanc sur la décentralisation » rédigée en 1977 par Lévesque et qui appelait à l’urgence « de réviser la répartition des pouvoirs au sein de notre collectivité ».
« Ce livre est probablement ce qu’il y a de mieux écrit sur la décentralisation. Le souhait de Lévesque était de faire une dizaine de réformes démocratiques. Finalement, seule sa réforme sur le financement des partis politiques a été adoptée et le reste a été occulté par le Parti (Québécois) », mentionne Roméo Bouchard.
De ces réformes abandonnées, il souligne notamment celle du scrutin afin d’adopter un mode proportionnel basé sur la représentation régionale, à des lunes du projet actuel de Québec de proportionnelle mixte compensatoire qu’il qualifie de pire que le système actuel. Il parle aussi de l’écriture d’une constitution par le peuple, un projet rassembleur qui n’a pas à être conditionnel à l’accession du Québec à l’indépendance.
Déblocage ?
Ne se retrouvant plus depuis belle lurette dans les projets politiques proposés par les partis à Québec, Roméo Bouchard est d’avis que les idées avancées par André Larocque et lui dans « Décentralisons-nous ! » ont le potentiel de trouver écho auprès des électeurs. Il confie que d’anciens politiciens au provincial les ont même contactés durant l’écriture de l’ouvrage et qu’ils ne seraient pas surpris que certains éléments servent de base d’un manifeste politique.
« Depuis 10 ans maintenant que je travaille sur la constituante et la réforme des institutions démocratiques sur la base du peuple. Peut-être qu’on rêve en couleur, André et moi, mais pour la première fois depuis longtemps, je sens un déblocage », a-t-il déclaré.
« Décentralisons-nous, pour une sortie de crise digne du Québec » est disponible à la Librairie L’Option de La Pocatière.