Le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) a rendu public son rapport d’enquête sur le déraillement du train de VIA Rail survenu le 12 janvier dernier à Saint-Alexandre-de-Kamouraska. Le rapport établit que la collision est survenue alors que deux camions semi-remorques stationnés dans la cour d’Aliments ASTA empiétaient sur la voie ferrée.
Le rapport indique que vers 1 h, le train VIA 14, qui assurait la liaison entre Montréal et Halifax avec 114 passagers et une douzaine d’employés à bord, circulait à environ 60 mi/h lorsque le mécanicien a aperçu deux camions obstruant partiellement la voie. Il a immédiatement déclenché un freinage d’urgence.
« Alors que la vitesse avait diminué à 40 mi/h, la locomotive menante est entrée en collision avec les camions semi-remorques qui étaient stationnés sur un terrain adjacent à la voie ferrée, et dont les parties arrière empiétaient sur la voie principale », précise le rapport. L’impact a provoqué le déraillement des deux locomotives et des quatre premières voitures. Le train s’est immobilisé environ 500 pieds plus loin, avant un passage à niveau. Malgré l’importance de l’accident, personne n’a été blessé.
Les 114 passagers ont été évacués par autobus vers l’hôtel de ville de Saint-Alexandre-de-Kamouraska, où ils ont été pris en charge par des employés municipaux. Des autocars affrétés par VIA Rail le lendemain matin ont permis aux voyageurs de poursuivre leur déplacement vers Halifax, ou de retourner à Montréal. La circulation ferroviaire a repris le lendemain, après la reconstruction temporaire de la voie par le CN.
Selon le BST, les dommages matériels ont été considérables. « La voie ferrée a été endommagée sur une distance d’environ 500 pieds. Les réservoirs de carburant des deux locomotives ont été perforés, ce qui a entraîné un déversement d’environ 10 220 litres de carburant diesel. »
Le rapport révèle également que les deux conducteurs, qui effectuaient une première livraison chez Aliments ASTA, n’ont pas vérifié le positionnement de leur véhicule après le stationnement. « Dans les deux cas, après avoir effectué les manœuvres de stationnement, aucun des occupants n’est sorti pour effectuer une tournée du camion, et en vérifier le positionnement dans le stationnement. Par conséquent, ces derniers n’ont pas réalisé que la partie arrière des camions se trouvait dans l’emprise ferroviaire, et empiétait sur la voie ferrée », peut-on lire.
Problème connu
L’enquête démontre aussi que le problème était déjà connu. En juillet 2025, le Canadien National (CN) avait signalé à Aliments ASTA que des camions empiétaient sur l’emprise ferroviaire au même endroit. L’entreprise avait alors sensibilisé les transporteurs sous-traitants à cette problématique.
Le BST note qu’au moment de l’accident, aucun panneau de signalisation, clôture ou autre barrière physique ne délimitait clairement la zone de stationnement par rapport à la voie ferrée. Une semaine après l’événement, Aliments ASTA a installé 14 barrières de béton entre la cour et la voie ferrée, et aménagé un talus de neige afin d’empêcher les véhicules de s’approcher trop près des rails. Les travaux de décontamination entrepris à la suite du déversement de carburant diesel se poursuivent cet été.
À la lumière de son enquête, le BST recommande à Transports Canada d’évaluer la mise en place de mesures permettant d’identifier les endroits où des véhicules lourds pourraient empiéter sur les voies principales, et d’y imposer des mesures préventives. L’organisme suggère également une collaboration avec les provinces afin de mieux sensibiliser les conducteurs de véhicules lourds aux risques liés aux infrastructures ferroviaires.

Transports Canada affirme reconnaître l’enjeu de sécurité soulevé par le BST, et indique qu’il poursuivra la surveillance des risques à l’interface entre le rail et la route. Le ministère rappelle toutefois que la formation des conducteurs de véhicules lourds relève exclusivement des provinces et des territoires.
