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Je veux être Madonna

Jimmy Moore incarnera Céline Dion cet automne à l’Espace St-Denis. Photo : Site internet de Jimmy Moore

Avouez. Un jour ou l’autre, vous avez pris un crayon, l’avez tenu devant votre bouche pour en faire un micro, et vous êtes placé devant le miroir pour imiter votre idole. Allez, avouez. Personne ne le saura. Oh ! je vous vois sourire. On l’a tous fait. Lui aussi l’a fait. Son idole, c’était Madonna. Et il a poussé l’audace jusqu’à en faire son gagne-pain. Il est personnificateur de stars depuis 25 ans. Il s’appelle Jimmy Moore.

J’allais à Montréal pour voir Lionel Ritchie. L’importance de se changer les idées, vous savez. J’y ai revécu ma jeunesse. Remarquez, la scène était parsemée d’électrolytes afin d’éviter que le chanteur de 77 ans se déshydrate et mette fin au show, comme ça lui était arrivé quelques semaines auparavant. Je l’aurais pris personnel, surtout que Lady Gaga m’avait fait le coup au printemps…

Toujours est-il que j’ai vu que la veille, oh ! hasard, Lady Gaga (ou presque) était aussi à Montréal, incarnée dans son spectacle par Jimmy Moore. J’y suis allé. J’ai été renversé. Sérieusement. Aucune commune mesure avec les autres personnificateurs que j’ai vus à New York ou à Las Vegas, qui relevaient plus de la parodie.

J’ai moi-même dansé la chorégraphie de Thriller dans un spectacle en 1984. Je me revois avec la télévision derrière moi, l’apprenant à grands coups de « cinq, six, sept et huit ». J’avais mis plusieurs mois à maîtriser les trois minutes de la danse de Michael Jackson. Jimmy Moore, lui, reproduit des spectacles complets : chorégraphies, danses, expressions, discours, lipsynq, coiffures, costumes et musiques incluses. Un travail de moine. Et le résultat est vraiment époustouflant.

Lui aussi a incarné Michael Jackson. Puis il a reproduit le spectacle A new Day de Céline Dion à Las Vegas, avec la bénédiction de René Angelil, et le Confession Tour de Madonna. Ensuite est arrivée une chanteuse qui allait changer le concept même de spectacle : Taylor Swift. Son Eras Tour durait plus de trois heures. Moore l’a vu comme un défi, et l’a reproduit. Dans les moindres détails, avec 25 changements de costumes. Plus de trois heures, sans entracte, soutenu par des danseuses professionnelles. Une performance physique époustouflante, et certainement dispendieuse !

Parce que lorsqu’on veut être une copie conforme de stars internationales, on ne s’habille pas dans une friperie. Jimmy Moore a son styliste, qui confectionne les répliques des costumes portés par les vedettes durant leurs spectacles. Et comme ce sont les chansons originales qui jouent, l’illusion est parfaite.

Inventer son métier

La reconnaissance médiatique est un peu laborieuse. Il est difficile d’expliquer quelque chose qui n’existait pas. Voyez-vous, les Rita Baga et autres Mona de Grenoble de ce monde sont des personnages de drag queen. Jimmy Moore, lui, est dans une classe à part. Il n’a aucun personnage à offrir. Il est Madonna, Michael Jackson, Britney Spears, Taylor Swift, etc. Il personnifie des stars. Et de ce calibre, il est le seul. Il faut vraiment le voir pour comprendre.

Si on n’a pas le choix d’embarquer dans sa folie douce, c’est aussi que des années de travail dans les bars, ça t’aiguise une animation ! On rit, on chante, on danse, on frappe des mains, on s’extasie, on aime y croire et on danse.

Après avoir traversé une mer de préjugés et de remises en question, 25 ans, 1000 spectacles, deux millions de spectateurs et deux livres plus tard, Jimmy Moore continue de peaufiner un métier qu’il a inventé. Au fond, il ne vend pas que des imitations, il vend quelques heures où l’on accepte, avec un immense plaisir, de suspendre la réalité.

En quittant la salle, je me suis surpris à sourire. J’avais vu Lady Gaga sans payer un prix de fou, et je m’étais revu, répétant Thriller dans mon salon, il a 42 ans, dont j’ose encore quelques pas de temps en temps, jusqu’à ce que le dos me craque.

Finalement, on ne cesse peut-être jamais vraiment de jouer à être quelqu’un d’autre. Certains grandissent, d’autres réalisent leurs rêves. Jimmy Moore, lui, a trouvé une troisième voie : il réalise ceux des autres. Avec ses spectacles, il nous permet d’oublier les mauvaises nouvelles, les factures, Donald Trump et tout le reste. Et par les temps qui courent, c’est un petit miracle.

Vous rêvez de voir Céline sur scène ? Pas besoin d’aller à Paris. Jimmy Moore l’incarnera le 11 septembre à l’Espace St-Denis. J’y serai. En attendant, si vous cherchez à décrocher du quotidien, choisissez votre star au jimmymoore.ca et amusez-vous. Allez, je quitte pour les vacances. On se retrouve à la fin de l’été.