Le dynamitage du Cap-au-Diable, à Saint-Denis-De La Bouteillerie, aura provoqué un véritable électrochoc au Kamouraska et ailleurs. Alors que les images du relief lourdement transformé ont largement circulé sur les réseaux sociaux à la suite de l’article exclusif du Placoteux, la MRC de Kamouraska et la Municipalité de Saint-Denis-De La Bouteillerie ont présenté un point de presse pour remettre les faits en perspective, suite à la déferlante de commentaires provenant de partout au Québec.
« Des gens s’improvisent urbaniste, expert en aménagement du territoire et autres. On veut vraiment remettre les pendules à l’heure et vous dire qu’on a le dossier en main. Dès que la MRC a été informé de ce qui se passait sur le Cap au diable, nos professionnels se sont déplacés pour aller voir ce qui se passait et faire un état de la situation », explique d’emblée la préfète, Nancy Dubé. « Au nom des élus, je dois vous dire qu’on est très triste et sous le choc d’avoir vu l’état du Cap au diable. C’est quelque chose qui nous interpelle énormément. Nos règlements n’auraient jamais, jamais permis quelque chose comme ça. »
« C’est un éveil aujourd’hui de voir une aberration comme ça. Malheureusement, des fois, ça prend ce genre de chose là pour avoir une conscience de ça ne peut pas rester comme ça », a reconnu le maire de Saint-Denis-De La Bouteillerie, Frédéric Landry. Les compétences en matière d’aménagement sont partagées entre la MRC à l’échelle régionale, et les municipalités, via leurs propres règlements d’urbanisme.
Un permis qui ne couvrait pas les travaux réalisés
La Municipalité de Saint-Denis reconnaît avoir délivré un permis pour du déboisement, mais précise que les travaux effectués ont largement dépassé ce qui avait été autorisé. Nancy Dubé a aussi été catégorique sur la portée du permis : « Ce qui est arrivé, il n’y a pas de permis qui aurait permis ça. »
Le Placoteux a pu voir des photographies prises pendant les travaux, alors que du déboisement avait déjà été effectué le long de la pente, mais visiblement, pas le dynamitage. Une intervention plus rapide aurait sûrement permis de limiter les dégâts.
Le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) poursuit son enquête. Si une ou des infractions sont constatées, le contrevenant s’explose à des amendes en vertu des règlements municipaux, mais aussi provinciaux. Le MELCCFP pourrait même, dit-on, exiger que le paysage soit remis dans son état initial.
Un « éveil » pour le développement futur
Au-delà du cas particulier du Cap-au-Diable, l’événement force maintenant Saint-Denis-De La Bouteillerie à s’interroger sur la façon dont le développement résidentiel doit se poursuivre dans ce secteur. Le maire reconnaît que le défi est de taille puisque le Cap-au-Diable est déjà loti et fait l’objet d’un développement domiciliaire.
« On devra vivre avec, mais peut-être pas à n’importe quel coût », a-t-il déclaré, précisant que des discussions préliminaires ont déjà eu lieu avec le conseil municipal. Pour Nancy Dubé, l’objectif est maintenant de sortir de la controverse pour s’attaquer à l’enjeu de fond : comment protéger les paysages qui font la réputation du Kamouraska tout en composant avec le fait qu’une grande partie des cabourons se trouvent sur des propriétés privées.
Catherine Langlois, directrice générale de la MRC, est claire. Mettre les cabourons sous une cloche de verre avec un seul règlement est impossible. Celle qui travaille depuis plusieurs années à trouver les moyens de protéger ces paysages emblématiques répète que c’est très complexe que ce seront plusieurs règlements qui, ensemble, permettront de protéger les cabourons.
La MRC est engagée dans la protection des cabourons depuis 2010. À l’époque, un règlement de contrôle intérimaire visant notamment à limiter leur exploitation à des fins d’extraction d’agrégats a été adopté. Mais cet outil ne fonctionnait pas.
En 2024, la MRC a obtenu la soustraction des cabourons de l’exploitation minière et a participé aux travaux entourant la réforme de la Loi sur les mines. L’année suivante, elle a réalisé un inventaire et une cartographie des cabourons et des reliefs d’intérêt. L’exercice ne s’est pas limité aux cabourons au sens géologique, soit ceux composés de quartzite. La MRC a aussi retenu d’autres reliefs présentant un intérêt paysager, notamment ceux associés aux falaises et au fleuve Saint-Laurent. Un comité régional sur les cabourons a également été créé, avec notamment la participation de la Société des Cabourons du Kamouraska et de spécialistes.
La prochaine pièce du casse-tête sera le règlement régional sur la forêt privée, qui prévoit des dispositions qui limiteront les coupes forestières sur les reliefs d’intérêt identifiés. S’il ne constitue pas une protection globale des cabourons, il pourra agir sur une composante importante du paysage : le couvert forestier.
La MRC examine aussi la possibilité que certains éléments naturels puissent bénéficier d’autres mécanismes de protection, notamment dans le cadre de la réglementation portant sur les espèces menacées ou vulnérables. Par exemple. Par la présence sur les cabourons d’un lichen particulier.
Près de 200 propriétés privées
Le principal obstacle demeure celui de la propriété privée. Les cabourons se trouvent sur quelques 200 terrains appartenant tous à des propriétaires privés. « Imaginez-vous mettre une cloche de verre sur quelque chose comme ça, en contexte québécois, avec le Code civil sur la propriété privée et la Charte des droits et libertés, c’est impossible. La collaboration des propriétaires deviendra donc incontournable.
La MRC travaille aussi avec le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation sur une nouvelle affectation appelée « agroconservation ». L’objectif est de permettre aux municipalités de reprendre cette affectation dans leurs propres règlements d’urbanisme afin de mieux protéger certains secteurs, notamment des cabourons.
Un autre défi consistera à déterminer ce qui constitue la valeur d’un paysage et trouver les moyens juridiques de le préserver sans porter atteinte aux droits des propriétaires ou aux compétences des différents paliers de gouvernement. « Quand on aura réussi à protéger les cabourons, ça aura été un tour de force, mais on va y arriver », conclut Catherine Langlois.
Plus de détails dans l’édition papier du Placoteux du lundi 7 septembre.

