Près de 40 ans après avoir été impliqué dans un violent accident de la route à La Pocatière, Gérald Beaulieu, un citoyen bien connu de la région a accepté de replonger dans un événement qui a profondément marqué sa vie. Au-delà de la collision, il affirme avoir vécu une expérience de mort imminente (EMI), un moment qu’il décrit comme un passage entre deux réalités. Depuis, sa vision de la vie — et de ce qui pourrait suivre — n’a plus jamais été la même. En cette période de Pâques, Le Placoteux partage son histoire avec vous.
Le 1er août 1986, peu avant minuit, Gérald Beaulieu, alors âgée de 19 ans, quitte le Bar Ste-Anne, une institution de la vie nocturne de l’époque à La Pocatière. Il prend le volant de son véhicule, un Challenger 1973, et s’engage sur la 1re rue Poiré. Sa blonde du temps est dans sa propre voiture, juste devant lui, et il décide subitement, dans un geste qu’il reconnaît aujourd’hui comme imprudent, d’effectuer une manœuvre de dépassement.
Malheureusement pour lui, la chaussée est mouillée, et ses pneus arrière sont plus qu’usés. « À cette époque-là, je faisais de la course automobile, du stock-car amateur. J’aimais la vitesse. J’ai donc donné un coup de roue pour accélérer, mais le derrière s’est tassé… puis j’ai perdu le contrôle », raconte-t-il.

En quelques secondes, tout bascule. Le véhicule dérape, et percute violemment un poteau électrique. Sous la force de l’impact, le poteau se brise, et trois transformateurs s’écrasent sur la voiture. « Le poteau a cassé en morceaux, et les transformateurs sont tombés du côté passager. Une chance que ma blonde n’était pas avec moi… ça aurait pu lui être fatal », ajoute-t-il.
Dans le secteur, la détonation est saisissante. René Pelletier, qui habite à proximité, se souvient encore de la scène. « Ça a fait un boum… pire qu’un coup de tonnerre, suivi d’un puissant flash. Quand j’ai regardé, j’ai vu les fils électriques à terre, le char dans le poteau. Je me suis dit : il est mort, c’est certain ! », explique-t-il au Placoteux. « Pour moi, c’est un miracle qu’il soit encore en vie », ajoute le témoin, tout en se remémorant l’ampleur des dégâts. Il n’en revient d’ailleurs toujours pas aujourd’hui…
« Le temps s’est arrêté »
Si l’accident en lui-même impressionne, c’est surtout ce que Gérald Beaulieu dit avoir vécu dans les secondes suivantes qui retient l’attention. « Je n’ai pas senti de douleur. C’est comme si tout s’était arrêté. Il n’y avait plus de bruit, plus de temps, plus rien. » Dans cet état, il affirme avoir pris conscience de sa propre mort. « Je me suis dit : ça y est, je suis mort. » Puis, vient ce qu’il décrit comme une expérience hors du corps. « J’avais l’impression de flotter. Je suis tombé dans un tunnel blanc. » Il évoque alors un sentiment de paix absolue, difficile à traduire.
« C’est comme le bonheur total. Il n’y a plus de peur, plus de stress. Tout est beau ! », raconte-t-il avec émotion.
Dans ce moment suspendu, il dit avoir perçu la présence de proches décédés. « J’entendais des voix. Ma grand-mère maternelle me parlait. Je reconnaissais aussi d’autres membres de ma famille ayant trépassé. » Soudain, une invitation se dessine. « Elle me disait : viens-t’en, tu vas être bien. »
Mais malgré cette sensation de plénitude et d’amour inconditionnel, une pensée s’impose rapidement dans sa conscience. « Je me suis dit : je suis trop jeune pour mourir. Je n’ai pas fini ce que j’ai à faire. De plus, ayant déjà perdu des cousins dans des accidents, je savais ce que leur perte pouvait causer à la famille. J’ai donc décidé de revenir », raconte-t-il.

Debout au milieu du chaos
Le retour à la réalité est toutefois abrupt. Gérald Beaulieu reprend connaissance dans sa voiture, au cœur d’une scène chaotique. Le poteau est détruit. Les fils électriques sont au sol. Les transformateurs reposent sur le véhicule, et lui… il est au cœur de ce chaos. « Je suis sorti de l’auto. J’ai regardé autour, puis je me suis mis à faire la circulation. » Un geste étonnant, compte tenu du danger, mais qui illustre cependant la valeur de l’homme. « Les fils étaient encore sous tension, mais je n’avais pas conscience du risque. Je voulais juste éviter qu’il arrive quelque chose à quelqu’un d’autre. » Les services d’urgence arrivent peu après. Le jeune adulte est transporté à l’hôpital.
L’énigme des points de suture
Une semaine après l’accident, un élément vient ajouter une dimension encore plus perturbante au récit. Gérald Beaulieu reçoit un appel de son médecin lui demandant de revenir à l’hôpital pour faire retirer des points de suture. « Je lui ai dit : je n’ai pas de points de suture », raconte-t-il. Surpris, le médecin insiste, affirmant les avoir clairement inscrits à son dossier. Mais une fois sur place, le constat est sans équivoque : aucune trace de suture. « La plaie s’était refermée, même pas de cicatrice, à peine », dit-il. Déconcerté, le médecin admet ne pas saisir la situation, lui répétant simplement : « Écoute, je ne comprends pas… »
Une foi transformée
Avec les années, Gérald Beaulieu ne cherche pas à expliquer ce qu’il a vécu. Il en constate surtout les effets. « Tu ne peux pas vivre quelque chose comme ça sans te poser des questions. » Issu d’un milieu catholique, il affirme que cette expérience a renforcé sa foi, mais a également transformé sa manière de la vivre. « Pour moi, la foi, ce n’est pas juste aller à l’église. C’est dans les gestes de tous les jours. »
Il dit croire en une forme d’énergie, une présence. « On peut appeler ça Dieu, ou autrement. Mais il y a quelque chose », précise-t-il, lui qui est un membre très actif des Chevaliers de Colomb depuis presque toujours…
L’épisode du Vatican
Des années plus tard, un autre événement viendra, selon lui, renforcer cette conviction. En 2005, lors d’un voyage en Italie avec sa conjointe, il visite le Vatican. Passionné de photographie, il souhaite immortaliser le moment, mais se heurte à un problème : la batterie de son appareil est presque vide. « Je n’avais pas pu la recharger. Il me restait à peine d’énergie », raconte-t-il.
Malgré tout, il commence à prendre des photos. Arrivé à l’intérieur du Vatican, la batterie rend l’âme. « Elle est tombée à zéro ! » C’est alors qu’il pose un geste qu’il décrit aujourd’hui avec un sourire : « J’ai pris la batterie dans mes mains, puis j’ai dit : “Seigneur, si tu existes, redonne-moi de l’énergie” ». En remettant la batterie dans l’appareil, celle-ci affiche à nouveau une charge suffisante. « Elle était revenue au même niveau que le matin », précise Gérald Beaulieu. Il poursuit ensuite sa visite, prend des photos, jusqu’à atteindre le tombeau de Jean-Paul II. Puis, soudainement, la batterie s’éteint de nouveau. « Exactement après avoir pris les photos que je voulais… »
Il tente cependant de répéter l’expérience une seconde fois, sans succès. « Là, dans ma tête, j’ai comme entendu une voix en québécois, me disant : “pousse pas ta luck !” » Pour le principal intéressé, il s’agit d’un épisode qu’il raconte avec humour, sans chercher à convaincre, mais qui, pour lui, s’inscrit dans une continuité.
Un message simple
À l’aube de ses 60 ans, Gérald Beaulieu ne cherche pas à trancher le débat entre science et spiritualité. Ce qu’il retient avant tout, ce sont les répercussions concrètes de cette expérience sur sa vie. Sans y penser quotidiennement, il affirme que cet événement continue d’orienter ses choix et sa manière d’être. Son message, lui, demeure simple et direct : apprendre à s’aimer pour mieux aimer les autres. À ses yeux, chacun porte en lui une mission, un rôle à découvrir et à accomplir au fil de son parcours.
Les expériences de mort imminente
Les expériences de mort imminente (EMI) désignent des phénomènes rapportés par des personnes ayant été proches de la mort ou en arrêt clinique, puis étant revenues à la vie. Ces récits présentent souvent des similitudes troublantes, peu importe l’âge, la culture ou les croyances des témoins.
Parmi les éléments fréquemment décrits : une sensation de détachement du corps (impression de « flotter ») ; le passage dans un tunnel ou un espace sombre ; la perception d’une lumière intense, mais apaisante ; une impression de paix profonde, voire d’amour inconditionnel ; la revue de moments marquants de sa vie.
Le phénomène a été largement popularisé dans les années 1970 par le psychiatre états-unien Raymond Moody, notamment avec la publication de son ouvrage Life After Life. En recueillant des centaines de témoignages, il a contribué à faire connaître ces expériences au grand public, et à lancer un vaste champ de recherche.
Aujourd’hui encore, les EMI suscitent des débats. Certains scientifiques y voient des manifestations neurologiques liées au cerveau en situation de stress extrême, tandis que d’autres y perçoivent une dimension plus spirituelle, difficile à expliquer. Quoi qu’il en soit, pour ceux qui les vivent, ces expériences laissent souvent une empreinte durable, influençant leur rapport à la vie, à la mort… et aux autres.
