Publicité

Hôpital Notre-Dame-de-Fatima : Urgence à l’urgence au Kamouraska

Le comité Mes soins restent ici craint une dégradation encore plus importante des soins dans la région. Photos : Marc Larouche

Dans la MRC de Kamouraska, le taux de personnes âgées de 65 ans et plus se situe à 28 %. Les projections pour 2030 démontrent que ce pourcentage dépassera les 30 %. À l’hôpital Notre-Dame-de-Fatima de La Pocatière, le manque de personnel — qui cause souvent des ruptures des services — jumelé aux ressources intermédiaires trop peu nombreuses inquiètent le comité Mes soins restent ici. Si la situation se maintient et que le gouvernement n’investit pas, elle ne pourra que se dégrader. Il y a urgence à l’urgence.

« Au Kamouraska, ce que nous observons, c’est un engorgement des capacités hospitalières. On assiste à une hausse de l’achalandage à l’urgence, et à une augmentation du temps d’attente », résume la docteure Marie-Ève Fromentin. Au cœur du problème, un manque de places dans le réseau.

« L’urgence est pleine, et de plus en plus, les lits d’hospitalisation sont occupés par des patients qui n’ont plus besoin des soins hospitaliers, mais qui restent à l’hôpital parce qu’on n’a nulle part où les envoyer. Donc, si on veut pouvoir libérer l’urgence pour libérer l’hospitalisation, il faut avoir des ressources intermédiaires qui sont prêtes à offrir des soins », poursuit Dr Fromentin.

La docteure Marie-Ève Fromentin s’inquiète des répercussions de la pénurie de main-d’œuvre dans l’ensemble du réseau.

Pression constante

Cette pression se traduit concrètement sur le terrain. « On a 26 lits d’hospitalisation. On est monté jusqu’à 12 patients en niveau de soins alternatifs dans nos lits. Donc, c’est sûr que ça fait une proportion très importante », poursuit Dre Fromentin, précisant que ces patients, souvent en perte d’autonomie, n’ont pas accès à une place adaptée en ressource intermédiaire ou en CHSLD. Résultat : ils occupent des lits destinés aux soins actifs, ralentissant tout le système.

« L’hôpital, ce n’est pas un milieu de vie, insiste-t-elle. Ces patients-là, ce n’est pas bon pour eux non plus de rester à l’hôpital trop longtemps. Mais ils occupent des lits pour des patients qui auraient des pneumonies, qui auraient des problèmes de soins actifs. Et là, les lits sont pris. Donc, les gens qui sont malades attendent à l’urgence. »

Le problème ne date pas d’hier. Le comité rappelle la disparition de certaines ressources au fil des ans, dont des lits de convalescence et la fermeture d’installations. « Ce n’est pas le fruit du hasard, mais bien le résultat de décisions antérieures prises au fil des années. »

Déséquilibre global

Pour Jean-Yves Rioux, nouveau porte-parole citoyen du comité, la situation actuelle est le résultat d’un déséquilibre global. « Quand ça bloque en cours de route, c’est tout le système qui est en danger. Donc, notre message c’est qu’il y a un problème, et qu’il est connu. Au Kamouraska, on compte seulement deux CHSLD pour répondre aux besoins de la population vieillissante. On avait un troisième établissement à Rivière-Ouelle, mais il a été fermé en 2013. On en paie le prix aujourd’hui. On se retrouve avec moins de places, alors que les besoins, eux, n’ont jamais cessé d’augmenter. »

Dans un contexte de vieillissement accéléré de la population, les conséquences risquent de s’aggraver rapidement. « Si, dans les années qui viennent, on ne prend pas les bonnes décisions, la situation ne fera qu’empirer, prévient M. Rioux. Plus on pellette les problèmes par en avant, plus les solutions, lorsqu’on frappe le mur, sont coûteuses et impactantes pour les gens. »

Effet domino

Le comité insiste sur l’effet domino qui fragilise l’ensemble du réseau. « Ce sont des vases communicants. Si à un niveau il y a un débalancement, ça influence tous les autres milieux de l’hôpital, mais aussi ce qui se passe à domicile et dans les résidences pour personnes âgées », dit Dre Fromentin.

Enfin, les inquiétudes sont bien réelles, à l’image de ce qui se vit ailleurs dans la région, comme à Trois-Pistoles ou Pohénégamook. « On a tous les mêmes problèmes au niveau des ressources humaines. Quand une situation se répète, à la longue, ça peut devenir la réalité qu’on demande alors d’accepter. […] On craint qu’on ait des pertes de services, parce qu’on a ces limitations-là aussi », note Dre Fromentin.

Pour le comité, le message est clair, et s’adresse directement aux décideurs. « La balle est dans votre cour, lance Jean-Yves Rioux. On interpelle les décideurs du réseau de la santé, de Santé Québec, et les politiciens à passer à l’action. »

Dans un réseau déjà sous pression, le comité estime que le temps des constats est terminé. « L’urgence est malade, le remède est connu, mais personne n’est là pour l’administrer », résume Jean-Yves Rioux.

Une qualité des soins essentielle

Pour les décideurs régionaux, il est primordial que des actions soient prises afin de préserver l’accessibilité et la qualité des soins à l’hôpital Notre-Dame-de-Fatima.

« En tant que préfète de la MRC, ce que je veux, c’est que la région soit attractive. Tous ceux qui sont venus à l’hôpital ou à l’urgence m’ont toujours dit qu’ils étaient bien reçus et bien traités. Ça fait partie de l’attractivité de la région, et c’est en haut des priorités », commente la préfète élue du Kamouraska, Nancy Dubé, ajoutant qu’en plus, la population vieillissante et le manque de main-d’œuvre ajoutent à la problématique.

« Partout, avec Pohénégamook, Trois-Pistoles et les autres, on va finir par s’arracher la même main-d’œuvre. On ne peut pas créer rapidement des travailleurs dans le secteur de la santé », ajoute-t-elle, précisant qu’elle a l’occasion d’échanger avec le CISSS du Bas-Saint-Laurent. « J’ai ainsi l’occasion de leur faire part de nos inquiétudes. Ça fait vraiment partie de nos priorités. »

Même son de cloche pour le maire de La Pocatière, Vincent Bérubé. « Les services de proximité sont très importants pour nous en tant que ville de centralité, et doivent être les meilleurs pour nos citoyens. Après avoir entendu les revendications aujourd’hui, nous allons travailler pour corriger le tir, en collaboration avec le comité, pour trouver des pistes de solutions durables. »