Le Musée maritime du Québec s’apprête à rouvrir ses portes le 1er mars prochain avec son lot de nouveautés… et de défis bien réels. À la barre de l’institution depuis maintenant huit ans, Marie-Claude Gamache est visiblement comme un poisson dans l’eau, même si le vent financier souffle parfois à contre-courant.
Présente au musée depuis 2015, d’abord comme collaboratrice, la directrice générale n’a rien perdu de sa passion. « Chaque fois que je rentre ici, je me dis que c’est vraiment beau », confie-t-elle en parlant de ce site unique en bordure du Saint-Laurent. Mais derrière l’émerveillement, la gestion demeure exigeante.
Un musée qui a doublé son achalandage
En une décennie, le Musée maritime est passé d’environ 8000 visiteurs à une moyenne annuelle de 18 000 personnes. Une progression plus que significative. Pourtant, Mme Gamache vise plus haut : « On est capable d’accueillir facilement 5000 à 10 000 visiteurs de plus. » La clientèle provient majoritairement de la grande région de Québec, de Chaudière-Appalaches et du Bas-Saint-Laurent. Pour franchir un nouveau seuil, l’institution relance activement le créneau des voyagistes — ces groupes organisés en autobus qui visitent les régions selon des circuits bien établis. « Ce n’est pas un monde simple. Il faut une offre structurée, calibrée et compétitive », dit-elle.
Une ressource est par ailleurs désormais attitrée à ce développement, avec l’objectif d’intégrer davantage de circuits régionaux, et éventuellement de s’inscrire dans une route interrégionale Bas-Saint-Laurent–Chaudière-Appalaches.
Appui de la ministre
La ministre du Tourisme, Amélie Dionne, a visité le Musée maritime peu après sa nomination afin de discuter des enjeux touristiques et des défis de l’institution. Elle a confirmé que le développement du marché des voyagistes représente une avenue intéressante et rentable, mais qu’il s’agit d’un travail qui doit se faire à l’échelle régionale. Elle a également insisté sur la nécessité d’une volonté collective pour structurer une offre cohérente. Enfin, elle s’est montrée particulièrement réceptive à l’idée de créer une route interrégionale pour mieux positionner la Côte-du-Sud dans les circuits touristiques.
Le choc des dimanches gratuits
Un changement dans la politique gouvernementale des musées est venu brouiller les cartes. Le premier dimanche de chaque mois, autrefois gratuit pour tous, ne l’est maintenant que pour les 19 ans et moins. Le résultat de l’abandon de cette politique assombrit un bilan qui aurait dû être davantage positif.
En effet, il y a eu une chute de 92 % de l’achalandage lors de ces journées. « Les familles venaient, mais les adolescents ne viennent pas seuls au musée », constate la directrice. Malgré cela, l’achalandage annuel s’est maintenu grâce à une campagne promotionnelle conjointe avec le Musée de la mémoire vivante et la Seigneurie des Aulnaies. Sans ce changement, le musée estime qu’il aurait pu enregistrer une croissance de plus de 20 %. « On rentre dans nos frais, malgré tout », explique-t-elle avant d’ajouter : « je sais qu’il y a beaucoup de musées au Québec qui ont vraiment des années difficiles actuellement. Le musée ne vit pas ça, mais on n’est jamais à l’abri », dit-elle.
Le nerf de la guerre
Comme plusieurs institutions culturelles, le Musée maritime fonctionne sur trois piliers : les revenus autonomes (billetterie, boutique), les subventions gouvernementales et les dons/commandites. Si les revenus autonomes progressent, les subventions stagnent. « Elles ne suivent pas l’inflation », résume Mme Gamache. Et pendant ce temps, l’entretien des navires et des bâtiments exige des investissements majeurs, car le site, « c’est bien plus qu’une salle d’exposition ».
Nouveautés et valeurs sûres
Malgré la réalité parfois brutale du financement, l’équipe derrière Marie-Claude Gamache continue d’innover et de surprendre. Cette année, en plus du rehaussement de Racines de mer qui sera bonifiée avec l’intégration d’un objet restauré provenant de l’Empress of Ireland, une exposition temporaire de photographie intitulée Regards sur le fleuve sera présentée. D’autres annonces importantes sont prévues au début de l’été, mais Mme Gamache ne souhaite pas pour l’instant vendre la mèche.
Au-delà des nouveautés annoncées cette saison, le Musée maritime du Québec continue de s’appuyer sur ses grandes forces. L’exposition Hivernage, consacrée au capitaine Joseph-Elzéar Bernier et à ses expéditions arctiques, plonge les visiteurs dans l’univers des hivernages en milieu polaire, et des relations tissées avec les communautés inuites. De son côté, Racines de mer met en valeur la culture maritime du Saint-Laurent à travers des objets et des témoignages marquants.
À l’extérieur, le parc fluvial inauguré en 2022 permet de prolonger l’expérience au contact du fleuve. Le site se distingue également par la présence de trois navires emblématiques : l’Ernest-Lapointe, imposant brise-glace de la Garde côtière canadienne, l’hydroptère Bras d’or, prototype développé dans le contexte de la guerre froide pour la surveillance des sous-marins, et le G.E. Bernier II, voilier qui a réussi le passage du Nord-Ouest en 1976. Ces bateaux constituent encore aujourd’hui l’un des principaux attraits du musée, particulièrement auprès des familles.
Le musée lance aussi un appel à la population afin de constituer une banque de médiateurs à la pige — retraités, enseignants ou passionnés d’histoire — pour accompagner les groupes. « On sait qu’il y a, dans la région, des personnes extraordinaires qui ont envie de partager leur savoir. Si vous aimez l’histoire, si vous aimez raconter, si vous avez le goût de contribuer à faire rayonner le musée… on veut vous entendre », lance Mme Gamache.
Garder le cap
Le Musée maritime du Québec se porte bien. Il progresse et il innove. Mais il doit naviguer prudemment dans un contexte économique incertain. « Moi, je ne serai pas en paix tant qu’on n’aura pas 30 000 visiteurs par année. La passion est là. L’ambition aussi. Reste à faire souffler le vent du bon côté », conclut Marie-Claude Gamache avec un sourire déterminé.

