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Le « vrai monde » et « les régions »…

Photo : Ryoji Iwata, Unsplash

Les compétitions électorales nous ramènent les refrains bien connus sur « le vrai monde » et « les régions ». On connaît la chanson, mais sait-on au moins de quoi et de qui il s’agit ?

« Le vrai monde »

C’est qui, le « vrai monde » ? C’est le citoyen ordinaire, celui qui n’a pas de pouvoir, mais sur qui s’exerce le pouvoir des élus, des patrons, des experts, des militaires : le citoyen anonyme, le Peuple.

Par les temps qui courent, le « vrai monde » doit payer beaucoup de taxes et d’impôts. Il souffre d’insécurité alimentaire (1 sur 5). Il craint de ne pas pouvoir payer les frais de son logement (1 sur 4). Il se cherche un médecin de famille (1 sur 4). Il a peur de ne pas pouvoir se faire soigner, de ne pas avoir les moyens de finir sa vie dans une RPA, et que ses enfants n’aient plus de place au cégep (plusieurs milliers). Il craint de perdre son emploi à cause de Trump et de l’intelligence artificielle. Il s’endette pour un char indispensable pour se déplacer — sur des routes crevées. Il subit les conséquences de la crise du climat et de l’environnement. Et surtout, il ne croit plus aux politiciens, et estime que son vote ne changera rien.

Le revenu disponible moyen au Québec est de 37 000 $ (33 000 $ dans les régions éloignées), une moyenne qui inclut les riches. Un assisté social dispose en moyenne de 15 000 $. Les vieux « ordinaires », de 25 000 $. Les travailleurs au salaire minimum, de 26 000 $. Les sans-abri, de rien. Et l’écart entre petits et gros augmente. Pourtant, la contribution de chacun de nous au produit intérieur brut (PIB) est en moyenne de 50 000 $.

Nos politiciens semblent incapables de résoudre ces problèmes, mais ils savent gaspiller les fonds publics.

« Les régions »

Pour les urbains, les régions, c’est un peu en dehors du monde : les habitants, les bûcherons, les pêcheurs, les mineurs, les travailleurs d’Alcan, d’Iron Ore ou de Noranda Mines, les camionneurs, les sites touristiques, le Québec profond, pour ne pas dire « creux ». Les chanceux ! On oublie qu’il y a aussi des magasins, des écoles, des salles de spectacle et des hôpitaux !

Politiquement, les régions sont le cadre territorial où sont dispensés les services gouvernementaux. Économiquement, ce sont les territoires où les richesses naturelles (terres, forêts, lacs et rivières, pêche, mines, énergie, tourisme) sont « concédées » à des grosses compagnies, étrangères de préférence. C’est la base de notre économie.

Pour tout le monde, les régions sont des communautés « sympathiques » qui alimentent la culture québécoise, car depuis les années soixante, elles se vident de leurs jeunes talents qui partent en ville.

Soyons clairs : il y a trois sortes de régions au Québec. Les régions urbaines, où priment les emplois dans les services (Montréal, Québec), les régions industrielles, où priment les industries de transformation (Montérégie, Centre-du-Québec, Estrie, Outaouais, Lanaudière, Chaudière-Appalaches), et les régions-ressources, où priment les activités d’extraction (Bas-Saint-Laurent–Gaspésie, Côte-Nord, Saguenay–Lac-Saint-Jean, Abitibi-Témiscamingue, Mauricie, Nord-du-Québec).

Ce que toutes ces régions veulent, c’est plus de respect et d’autonomie pour gérer leurs territoires, qui sont de véritables « pays ». Mais ça, les politiciens ne veulent pas en entendre parler. Ils tiennent à tout contrôler.

Drôle de démocratie où le Peuple ne décide rien.