La décision est tombée. L’église de Saint-Pacôme est officiellement mise en vente. Francine Boucher, présidente du conseil d’administration de l’organisme propriétaire Les Jardins du clocher, l’a confirmé le cœur lourd. Parce que son équipe et elle ont mis beaucoup d’énergie pour tenter de la sauvegarder.
« Ce choix n’a pas été fait de gaieté de cœur. Nous aurions aimé préserver l’église comme espace communautaire, mais sans subvention et sans locataire, nous sommes acculés au pied du mur », déclare-t-elle. Les Jardins du clocher caressaient un projet ambitieux pour revitaliser cet espace. En transformant l’église en un lieu multifonctionnel, avec une cuisine communautaire et des activités culturelles, ils espéraient en faire un centre de rassemblement pour la communauté. Cependant, les démarches pour obtenir du soutien financier ont échoué, et la fin de la collaboration avec l’ancien locataire, l’entreprise Inno 3B, a aggravé la situation.
L’église et le terrain sont évalués à 945 000 $. Le prix de vente de 298 000 $ a été déterminé en tenant compte de plusieurs facteurs pratiques et financiers, comme l’état général de l’édifice, qui nécessite plusieurs réparations. « Le prix tient également compte des dettes et des frais encourus pour maintenir l’église. Nous avons voulu établir un montant réaliste, mais qui pourrait aussi nous permettre de régler certaines obligations financières », explique Mme Boucher.
Respect de l’esprit des lieux
Les Jardins du clocher espèrent trouver un acheteur qui saura respecter l’esprit du lieu. « Nous souhaitons que ce bâtiment reste un espace où la culture et la musique peuvent s’exprimer. Il serait magnifique que l’orgue continue de résonner dans cette église. »
Bien que la Fabrique ait vendu l’église pour un dollar symbolique aux Jardins du clocher, et qu’elle ne soit plus impliquée directement dans sa gestion, elle conserve une certaine influence sur le devenir de ses éléments les plus précieux. De fait, lors de la vente, des clauses spécifiques ont été ajoutées pour garantir le respect de certains éléments patrimoniaux. Concrètement, si le futur propriétaire souhaite vendre certains éléments comme l’orgue, les cloches ou les lustres, par exemple, il devra d’abord les offrir à la Fabrique.
Cette exigence est née du souhait de la Fabrique de protéger le patrimoine religieux de la communauté. « La Fabrique a voulu s’assurer que ces symboles culturels et religieux puissent être conservés, au moins dans la région, si jamais l’acheteur ne les garde pas », explique Mme Boucher.
Des réactions, mais pas d’acheteurs
Pour Mme Boucher, la tristesse de cette mise en vente réside également dans le manque de soutien concret de la communauté et des institutions. « En juillet, lorsque nous avons mis une pancarte À vendre, nous voulions voir les réactions de la population. Plusieurs nous ont fait part de leur attachement, mais personne n’était prêt à investir pour garder l’église au sein de la communauté », dit-elle, ajoutant que même la Municipalité n’a pu s’engager dans ce projet de préservation, malgré les promesses d’implication du début.
Cette vente marque la fin d’une longue série de tentatives pour faire revivre l’église, auxquelles plusieurs conseils d’administration ont travaillé successivement, sans succès. Depuis leur prise en charge du bâtiment, les Jardins du clocher ont exploré de nombreuses possibilités, mais sans le soutien financier indispensable, l’espoir de maintenir cet édifice s’éloigne.
« C’est désolant de voir tout le travail investi partir, mais nous n’avons pas le choix. Nous espérons simplement qu’un acheteur saura lui donner une nouvelle vie, dans le respect de son histoire », conclut Mme Boucher, résignée à passer le flambeau dans l’attente que cette église, témoin de plus d’un siècle de vie communautaire, trouve un nouveau souffle.
Un bâtiment unique à vocation ouverte
La vente de l’église de Saint-Pacôme, un édifice emblématique, suscitera certainement l’intérêt des curieux et des investisseurs potentiels. Gilles Couture, courtier immobilier agréé chez RE/MAX Élégance, qui a la responsabilité du dossier, partage les particularités de ce type de transaction, révélant les défis et les possibilités liés à la vente d’un lieu de culte.
« Un bâtiment comme celui-ci est unique par nature. Chaque église a son histoire, sa structure imposante, et une valeur architecturale difficile à chiffrer selon les méthodes traditionnelles d’évaluation immobilière », explique M. Couture. L’église de Saint-Pacôme, avec ses 5000 pieds carrés de superficie et ses plafonds s’élevant à 30 pieds, nécessite une approche différente. Contrairement à un immeuble résidentiel classique, l’absence de comparables immobiliers rend l’évaluation et la mise en vente plus complexes.
Selon M. Couture, plusieurs types d’acheteurs potentiels pourraient se manifester : des promoteurs immobiliers cherchant à transformer l’édifice en logements ou en espaces communautaires, des organisations à but non lucratif souhaitant le convertir en centre culturel, ou encore des particuliers épris de patrimoine, et possédant les moyens de concrétiser un projet personnel. « L’église n’est pas juste un bien immobilier, c’est un projet de vie à part entière », ajoute-t-il.
Plusieurs particularités
Cependant, la vente de l’église de Saint-Pacôme comporte certaines particularités : la fabrique bénéficie d’un droit de premier acheteur sur des éléments comme les cloches, l’orgue et les lustres principaux, obligeant ainsi le nouveau propriétaire à offrir ces biens à la paroisse ou à l’évêché s’il souhaite s’en départir. « Cela peut influencer les projets des futurs acquéreurs, qui doivent tenir compte de ces clauses particulières avant d’envisager une reconversion », précise le courtier.
La question de la vocation future du bâtiment reste ouverte. « Que ce soit pour des condominiums, un espace d’exposition, ou un lieu de rassemblement communautaire, les possibilités sont vastes — mais cela demande une vision et des ressources importantes », souligne M. Couture. L’église, qui a été bien entretenue malgré les activités passées, demeure un joyau architectural qui pourrait connaître une deuxième vie vibrante.
L’avenir de l’église de Saint-Pacôme dépendra de l’imagination et des moyens de son futur acquéreur. « Ce genre de projet attire des acheteurs qui ne cherchent pas seulement un immeuble, mais un symbole à transformer, à réinventer », conclut Gilles Couture. Pour l’instant, le bâtiment est en attente de cette personne visionnaire capable de lui offrir un nouveau souffle, et de le faire renaître sous une autre forme, tout en respectant l’âme de ce lieu emblématique.
Un orgue plus que centenaire
Samedi prochain, le 23 novembre, il y aura 111 ans que la Fabrique de Saint-Pacôme a pris la décision d’acheter un orgue de 22 jeux, avec soufflerie à courant direct. Le contrat a été passé quelques mois plus tard, en janvier 1914, avec la firme Casavant Frères pour 4000 $.
Selon le Répertoire des orgues du Québec, l’électricité a dû être amenée au bâtiment en 1914 pour faire fonctionner les souffleurs de l’instrument. C’est d’ailleurs grâce à cette initiative que le reste de l’église a pu bénéficier de l’électricité en 1920. L’orgue a été restauré en 1987, grâce à une campagne de financement populaire qui a permis d’amasser les 30 000 $ nécessaires. Intéressée par l’instrument, Radio-Canada a procédé en 1988 à l’enregistrement d’un récital avec l’organiste Michelle Quintal.

