La Municipalité de L’Islet a officiellement adopté une résolution afin de dénoncer le programme fédéral de rachat des armes à feu de style armes d’assaut mis en place par le gouvernement du Canada. Réunis en séance du conseil municipal, les élus ont exprimé leur opposition à cette mesure fédérale, estimant qu’elle cible principalement des citoyens respectueux des lois plutôt que les véritables sources de criminalité armée. Le conseil demande même à la Sûreté du Québec de ne pas appliquer sur son territoire les mesures de prohibition et de rachat obligatoire prévues par Ottawa.
Dans sa résolution, la Municipalité rappelle que le programme fédéral de rachat est entré en vigueur le 19 janvier 2026, et que les propriétaires concernés avaient jusqu’au 31 mars pour remettre volontairement leurs armes prohibées en échange d’une compensation financière. Toutefois, les élus soutiennent que les indemnités prévues dans le cadre de cette opération sont jugées insuffisantes, inéquitables, ou encore non garanties pour plusieurs détenteurs d’armes visées par la mesure.
Le conseil municipal affirme également que les armes concernées sont principalement utilisées à des fins civiles, notamment pour la chasse ou le tir sportif, et non dans un contexte militaire. Selon les élus, ces armes ne seraient d’ailleurs ni utilisées ni nécessaires aux Forces armées canadiennes pour assurer la défense du pays.
Il affirme également que plusieurs provinces canadiennes ont déjà exprimé publiquement leur opposition au programme fédéral, jugeant celui-ci inefficace, coûteux et injuste. Les élus considèrent que les municipalités subissent directement les impacts de cette politique sans avoir eu un réel pouvoir dans son élaboration.
Demande à la Sûreté du Québec
Dans le document adopté, les membres du conseil soulignent leurs préoccupations concernant l’implication de la Sûreté du Québec dans l’application du programme. La résolution mentionne que les ressources policières sont déjà limitées, et que leur mobilisation pour assurer l’application du régime de prohibition pourrait détourner des effectifs importants de la lutte contre la criminalité et le trafic illégal d’armes à feu.
Les élus municipaux estiment par ailleurs que l’application coercitive de la mesure risque de fragiliser le lien de confiance entre les citoyens et les corps policiers. La résolution rappelle que cette confiance constitue un pilier essentiel de la sécurité publique, et qu’une approche axée sur la confiscation d’armes détenues légalement pourrait accentuer certaines tensions sociales.
La Municipalité soutient également que les détenteurs légaux d’armes à feu sont déjà soumis à une réglementation stricte comprenant l’obtention de permis, des formations obligatoires, des vérifications d’antécédents, ainsi que des règles précises concernant l’entreposage sécuritaire et l’enregistrement des armes. « Les données disponibles démontrent que les armes utilisées dans les crimes violents proviennent majoritairement du marché noir, et non du marché légal », peut-on lire dans la résolution.
Dans cette optique, le conseil municipal estime que les priorités gouvernementales devraient davantage viser la lutte contre le trafic d’armes illégales, la contrebande et les groupes criminalisés plutôt que le rachat obligatoire d’armes détenues légalement par des citoyens respectueux des lois.
À la suite de l’adoption de cette résolution, la Municipalité a donc demandé officiellement au gouvernement fédéral de mettre fin au programme de rachat des armes à feu de style armes d’assaut. Elle demande aussi à la Sûreté du Québec, dans l’éventualité où le programme serait maintenu, de ne pas appliquer les mesures. « La Municipalité demande officiellement à la Sûreté du Québec, dans l’éventualité où ce programme ne serait pas abrogé, de ne pas appliquer sur son territoire les mesures de prohibition et de rachat obligatoire des armes à feu prévues par le gouvernement fédéral. »
Le conseil municipal réclame également une intervention du gouvernement du Québec auprès du gouvernement fédéral afin de revoir l’approche actuelle, et de privilégier des politiques basées sur des données jugées plus efficaces en matière de sécurité publique. La Municipalité affirme enfin son soutien envers les chasseurs, les agriculteurs, les communautés rurales, ainsi que les utilisateurs légitimes d’armes à feu.
Position d’Ottawa
Du côté du gouvernement fédéral, Ottawa soutient toutefois que le programme de rachat vise à retirer de la circulation certaines armes désormais prohibées, dans un objectif de sécurité publique et de prévention de la violence armée. Le gouvernement affirme également vouloir réduire l’accès à des armes qu’il considère comme particulièrement dangereuses dans un contexte civil.
La résolution adoptée par la Municipalité de L’Islet a été transmise à plusieurs instances, dont la SQ, le gouvernement fédéral et provincial, la FMQ, l’UMQ, ainsi qu’à plusieurs municipalités.
