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Meurtre dans le Deep South américain

Henry Wise, NULLE PART OÙ REVENIR, Paris, Sonatine, 2025, 544 pages

L’action de Nulle part où revenir, premier polar de Henry Wise, se passe dans une petite ville de la Virginie, non loin de Richmond, la capitale de l’État. Après dix années passées à Richmond, Will Seems revient dans son bled natal, où il retrouve un paysage désolé, entre marais et maisons abandonnées, une terre du Sud hantée par l’histoire des riches plantations de tabac et de l’esclavage, un lieu que le progrès semble avoir oublié, toujours traumatisé par le souvenir amer d’une guerre perdue, et où cohabitent tant bien que mal white trash (la racaille blanche) et descendants d’esclaves.

Will est embauché comme adjoint du shérif. C’est un être tourmenté, aux prises avec les blessures du passé, et animé par un féroce désir de vengeance. Mais il n’aura guère le temps de s’apitoyer sur son sort, car rapidement, il va être confronté aux fantômes de son passé lorsque Tom, l’un de ses amis d’enfance, est assassiné. Même si tout le monde le croit innocent (même le shérif), Zeke Hathom, un vieil homme de race noire est le principal suspect, car certains indices matériels probants l’incriminent. Malgré les protestations de Will, de la famille de Zeke et de plusieurs habitants, il est mis aux arrêts et présenté à un juge.

Criant à l’injustice et à la discrimination, la communauté noire de la région engage une détective privée (afro-américaine, elle aussi) pour tenter de l’innocenter. Malgré les objections de ce dernier, elle va faire équipe avec Will, et leur enquête va les mener dans le Snakefoot, un territoire marécageux où vivent les exclus, les dépossédés et les descendants d’esclaves. Pendant que l’enquête progresse, Will s’occupe de son ami Sam, le fils de Zeke, un jeune délinquant drogué recherché par la police qu’il cache et protège en toute illégalité. Quel est le lien avec son retour au pays et ce terrible sentiment de culpabilité qui le ronge, jour après jour ?

À la fois polar d’enquête et récit psychologique, ce polar « littéraire » très dense flirte parfois avec un certain lyrisme, et met en scène des personnages empêtrés dans leur passé, victimes d’un racisme toujours profondément ancré dans le pays.