L’Union des producteurs agricoles du Bas-Saint-Laurent a organisé le 1er mai une rencontre pour les médias avec les Producteurs et productrices acéricoles du Bas-Saint-Laurent–Gaspésie (PPABSLG) et le Syndicat des producteurs de bois de la Côte-du-Sud (SPBCS), afin de recadrer les faits entourant la promesse bafouée du ministère ds Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) d’octroyer 2000 hectares en forêt publique aux producteurs acéricoles.
La rencontre s’est tenue en parallèle du caucus présessionnel de la Coalition Avenir Québec qui se tenait également à Rivière-du-Loup. Les organisateurs ont souligné que cette sortie médiatique a été orchestrée après plusieurs tentatives infructueuses d’établir un dialogue avec les élus provinciaux et régionaux.
D’entrée de jeu, le président des PPABSLG Justin Plourde a rappelé que les 2000 ha en question ont été octroyés à l’acériculture il y a un an par le MRNF devant l’absence de consensus régional, après que les représentants de l’industrie forestière se soient retirés de la table de négociation. « On n’en serait pas là aujourd’hui si le MRNF était demeuré ferme sur sa position. Comprenons-nous bien : nous avons toujours été ouverts au dialogue, mais quand les acteurs les plus névralgiques de la discussion refusent de s’asseoir avec nous, et préfèrent nous discréditer sur la place publique, ça devient bien difficile de régler des enjeux légitimes de partage de la forêt publique », a-t-il insisté.
Ces 2000 hectares représentent à peine 0,2 % de tout le territoire forestier public de la région. Si cette superficie est moindre que ce qui était souhaité par les producteurs acéricoles, ceux-ci étaient néanmoins prêts à s’en contenter, se disant conscients que la forêt publique doit être partagée entre tous ses usagers. Ils maintiennent toutefois que ces 2000 ha ne peuvent être remis en question, et qu’une discussion reste nécessaire pour l’avenir et le développement de l’acériculture dans nos régions.
« Au Bas-Saint-Laurent, on compte plus de 10 millions d’entailles qui ont généré 42 millions de livres de sirop en 2025, ce qui représente une valeur de 144 millions $, faisant de la région la deuxième en importance en production acéricole au Québec. 55 % de ces entailles sont en forêt privée, c’est important de le mentionner », explique Justin Plourde.
Il note que le nombre de nouvelles entailles allouées à l’industrie acéricole sur des terres publiques en 2016 manquait de cohérence. Des érablières déjà en activité se retrouvaient enclavées par des aires réservées à la coupe de bois (AIPL), empêchant tout développement acéricole sur ces terres qui sont pourtant adjacentes aux leurs.
David Therriault, acériculteur depuis 2022 avec 21 000 entailles, explique que les terres publiques sont la seule option pour de nombreux acériculteurs. « Je n’ai jamais voulu être autre chose qu’acériculteur, insiste, dit-il. Vu les coûts d’achat de terres privées, c’était impossible pour moi d’envisager cette solution. J’ai eu la chance d’obtenir des lots en terre publique. Je suis parti de zéro, j’ai investi deux millions $ dans mon entreprise, et je reste sans possibilité d’agrandir quand ce sera nécessaire ».
Il souligne que certains des travaux qu’il a réalisés, comme des chemins d’accès, profitent à toute la population, puisque ces chemins sont sur des terres publiques. Il ajoute que ses investissements en équipements, en machinerie, en construction profitent à l’économie locale. « Ces équipements-là, cette main-d’œuvre ne viennent pas de l’étranger, ça fait tourner l’économie d’ici, en région, ça maintient des emplois, ce sont des retombées majeures. »
Yoann Bélisle, de Forêtmax à Pohénégamook et à Squatec, est un équipementier spécialisé dans le domaine acéricole, de la vente à l’installation et au service après vente. Il participait à la rencontre à titre de partenaire de l’industrie, et a témoigné de l’importance de celle-ci dans l’économie régionale.
« Créé par mes parents à partir de rien il y a vingt ans, nous avons aujourd’hui 18 employés, deux succursales, et notre chiffre d’affaires a été décuplé. Tout ça n’aurait pas pu se produire sans l’octroi des entailles. » Il évoque 20 millions $ de ventes d’équipements acéricoles chaque année pour l’ensemble de l’industrie régionale, réparties sur plusieurs entreprises. « On fait vivre quelques familles », dit-il en souriant.
Un partenariat naturel avec la forêt privée
Le Syndicat des producteurs de bois de la Côte-du-Sud se pose lui aussi en allié des producteurs acéricoles. Son président Pierre Lemieux s’insurge contre ce qu’il appelle de la désinformation de la part de l’industrie forestière. « Il y a suffisamment de bois disponible en forêt privée pour ne pas compromettre l’approvisionnement des usines du Bas-Saint-Laurent », s’est-il exclamé.
Il identifie la source du problème dans les volumes de bois beaucoup trop importants accordés en forêt publique aux industriels, qui ont un important effet à la baisse sur les redevances. « C’est une façon détournée pour le gouvernement de subventionner l’industrie, souvent des multinationales étrangères, en camouflant l’aide sous l’octroi de volumes de bois », tonne M. Lemieux.
Les propriétaires de lots privés ne peuvent concurrencer ces prix, et leurs ventes s’en ressentent à un rythme inquiétant, à moins d’aller aussi loin qu’en Estrie, où les prix sont un peu plus élevés. « Actuellement, les revenus générés par nos ventes de bois peinent à couvrir les taxes municipales pour nos lots », poursuit le président.
Dans ce contexte, il explique que dans un marché équilibré, l’acériculture est un partenaire dans le jardinage de la forêt [voir le deuxième texte], et non une menace, comme semblent l’affirmer les industriels dans leurs revendications. Il affirme que « la forêt privée peut se suffire même avec les demandes des acériculteurs, qui sont minimes, et qui peuvent être compensées facilement si le gouvernement ajuste les prix au marché réel. Nous pourrons fournir le bois nécessaire à l’industrie régionale, en continuant à occuper notre territoire et à soutenir notre économie locale et nos familles. »
Appel à l’équité
Devant ce constat, la présidente de la Fédération de l’UPA BSL, Nathalie Lemieux, déduit que l’approche actuelle de gestion de la forêt publique est inéquitable au Bas-Saint-Laurent. Seulement en acériculture, les impacts sont multiples : entreprises et équipementiers freinés dans leur croissance, relève sur le qui-vive, et retombées économiques futures compromises au sein des communautés locales.
« La forêt publique est un bien commun que nous avons le devoir de partager et de gérer avec un sens profond de responsabilité, de prudence, d’équité et de pérennité. L’acériculture contribue à la préservation de la ressource forestière, et génère des retombées extrêmement positives pour l’ensemble de la région. Il faut cesser de la percevoir comme un frein au développement de l’industrie forestière et plutôt la reconnaître comme une activité complémentaire aux autres usages », conclut-elle.

