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Quand l’art ne parle plus au monde ordinaire

Photo : Sofia Lasheva, unsplash

Je n’ai rien contre le fait que les rodéos de cochons et d’anguilles, ou les tirs de tracteurs et de chevaux aient peu à peu fait place au Cirque de la Pointe-Sèche, au Festival Archipel, à la Fête des champignons forestiers, au Symposium de peinture ou au Sentier des cabourons.

Encore que ces compétitions populaires, qui mettaient en valeur l’habileté et l’ingéniosité des paysans et des travailleurs locaux, avaient leur charme, comme en témoigne encore le prestigieux Festival du bûcheux de Saint-Pamphile.

C’est sans doute une autre manifestation du phénomène dont je faisais état dans ma dernière chronique : Dans chaque village, il y a deux villages.

Parler au monde, et non se parler à soi-même

Je note cependant que les événements culturels qui se multiplient dans la région sont parfois un peu trop urbains et élitistes, au moins dans leur présentation, et risquent un peu de passer 15 pieds par-dessus la tête de ceux auxquels ils désirent s’adresser.

L’art, c’est beau, quand ça ne se limite pas à une petite élite.

Permettez-moi de donner quelques exemples de langage codé qu’utilisent certains de ces projets culturels.

Les noms des groupes d’abord, souvent énigmatiques : Vrille art actuel, Archipel, Rebond… Les commerces sont plus concrets : micro-brasserie Tête d’Allumette, Bistro Côté-Est… on comprend tout de suite !

Les événements surtout sont décrits avec des « mots cachés ».

Phréatique : hydroconnectivités.

Bassins récits.

Transcendance des frontières.

Micropaysages hybrides.

Intersection entre art, vérité et justice.

Programme carbone riverain.

Géopoétique.

Agentivité des communautés.

On comprend qu’il s’agit du territoire que nous habitons. Mais pourquoi ne pas le dire plus simplement, si on veut susciter une connexion avec ce territoire?

Je soupçonne qu’il s’agit plus souvent qu’autrement d’« artistes » de la ville qui transportent ici leur langage intellectuel à la mode, pour ne pas dire leur narcissisme. Ils oublient un peu qu’ici, nous vivons dans la réalité du territoire et de la communauté. Nous parlons pour nous dire quelque chose, et non pour nous écouter.

J’ai envie de dire aux gens de la ville : arrivez en campagne ! Ici, la culture a les deux pieds sur terre, et même, dans la terre… et dans l’eau. Le territoire, il faut d’abord le protéger, car il est convoité et miné de toutes parts… comme le détroit d’Ormuz !