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Quand le patrimoine part en fumée

1 L’ancien couvent de Trois-Pistoles en flammes. Photo : Facebook Mélanie Bérubé

Imaginez la montagne du collège de La Pocatière sans son collège, Saint-Denis-De La Bouteillerie sans la Maison Chapais, Saint-André sans son église, Kamouraska sans l’ancien palais de justice. Plus que des briques et du bois, ces bâtiments patrimoniaux représentent des souvenirs collectifs qui, en cas de sinistre, s’envolent. Ce fut le cas à Trois-Pistoles dans la nuit du 25 au 26 octobre, alors que l’ancien couvent de l’endroit, datant de la fin des années 1880, a entièrement été ravagé par les flammes.

Au lendemain du drame, la population défilait, sans voix, devant les ruines encore fumantes de l’édifice. Outre la plaie béante laissée en plein centre-ville, plusieurs y parlaient de leurs souvenirs d’enfance, des sœurs qui y avaient résidé si longtemps, des cours de piano que les gens y avaient suivi. Tous sont consternés.

Parce que, outre leur imposante stature, ces bâtiments qui ont toujours existé sont humanisés par les souvenirs qu’ils génèrent, et qui marquent la mémoire collective. Au fil des années, ils ont aussi souvent joué divers rôles.

C’est le cas de l’ancien palais de justice de Kamouraska, maintenant le Centre d’art. La directrice générale Ève Simard raconte que le bâtiment a connu plusieurs vies : « Kamouraska était le chef-lieu du district judiciaire de toute la région. Les membres du conseil municipal et la population me parlent encore souvent des souvenirs de ce qu’ils ont vécu dans la bâtisse. Vous savez, il y a déjà eu une salle de bal ici dans la grande salle durant des années. Les gens me parlent aussi des fameux cachots qu’il y aurait eu au sous-sol. Le sentiment d’attachement est très important. »

Son architecture singulière rappelant un château ajoute à l’imaginaire collectif. « Son utilisation est aussi très communautaire. La patinoire est à côté, le centre des loisirs est au sous-sol, les bureaux municipaux ont longtemps été ici, tout comme le musée régional. »

Bien protégé

Le bâtiment actuel, construit en 1888, est en pierres, contrairement aux deux autres, en bois, détruits par deux incendies en 1864 et 1881. « La Cour supérieure y a siégé jusqu’en 1883, date où elle fut déménagée à Rivière-du-Loup. Déçus, les Kamouraskois durent demander l’érection dans leur village d’un palais de justice habilité à recevoir une cour inférieure, dite de circuit », lit-on dans l’historique du bâtiment sur le site internet du Centre d’art de Kamouraska.

Mme Simard affirme que des dispositifs d’alarme en cas d’incendie sont en place. « Ils sont reliés à une centrale. Ils sont tellement sensibles que c’est déjà arrivé que l’alarme se déclenche alors qu’on se faisait cuire des toasts », raconte-t-elle en riant. Un système de gicleurs est aussi en place.

Le Collège Sainte-Anne-de-la-Pocatière (CSA), dont la construction s’est étendue de 1827 à 1829, a lui aussi été le théâtre d’un important incendie. Le 15 décembre 1920, l’aile centrale a été entièrement détruite. Selon l’historique du CSA, les paroissiens sont alors accourus en masse pour travailler au sauvetage, compliqué par le vent. La reconstruction débuta l’année suivante.

L’ancien palais de justice de Kamouraska. Photo : Marc Larouche