Longtemps réduit au silence, un témoin du patrimoine musical québécois s’apprête à reprendre vie. À Sainte-Perpétue, dans la MRC de L’Islet, l’orgue Casavant Opus 1308 sera au cœur d’un concert attendu le samedi 2 mai à 14 h, une initiative portée par des citoyens déterminés à redonner voix à cet instrument presque centenaire.
Construit en 1929 par la réputée maison Casavant Frères, l’orgue avait d’abord été installé à l’asile Sainte-Darie de Montréal, avant d’être transféré à Sainte-Perpétue en 1960. Pendant des décennies, il a accompagné la vie religieuse locale, avant de sombrer progressivement dans l’oubli avec le déclin de la pratique.
Aujourd’hui désacralisée, l’église est occupée par La Médiathèque L’Héritage de L’Islet-Sud. Si le lieu a retrouvé une certaine vitalité, l’orgue, toujours imposant à l’arrière de l’édifice, est demeuré silencieux pendant de nombreuses années.
Face à cette situation, un groupe de citoyens a mis sur pied le comité Les amis de l’orgue Opus 1308, avec l’objectif de préserver et de remettre en fonction cet instrument d’exception. Une première lueur d’espoir est apparue récemment lorsque l’organiste Daniel Dubé, de Saint-Jean-Port-Joli, a réussi à en tirer quelques sons.
Un concert pour relancer l’instrument
C’est dans cette optique que sera présenté le concert du 2 mai prochain, mettant en vedette l’organiste Claude Girard. Le programme proposé se veut à la fois accessible et riche, réunissant de grandes œuvres du répertoire classique, de Bach à Vivaldi en passant par Mozart, Schubert, Satie et Puccini.
Au-delà de la performance musicale, l’événement vise avant tout à démontrer le potentiel de l’instrument, et à mobiliser la communauté autour de sa sauvegarde. « Nous n’avons pas d’objectif financier pour l’instant. Le but est de montrer le potentiel de l’instrument, pour sensibiliser la communauté à l’importance de sa restauration et de sa conservation », a déclaré au Placoteux Donald Lemelin, membre du comité Les amis de l’orgue Opus 1308.
Un musicien enraciné dans la tradition
Issu d’une famille profondément ancrée dans la tradition musicale, Claude Girard possède un parcours impressionnant. Détenteur d’une maîtrise en musique (interprétation-orgue) et d’un baccalauréat en piano de l’Université Laval, il a été formé par des maîtres reconnus, et s’est perfectionné au fil des décennies.
Sa carrière s’est construite dans la durée. En 1979, il succède à son père à titre d’organiste titulaire à l’église Saint-Patrice de Rivière-du-Loup, perpétuant ainsi une tradition familiale amorcée en 1927, et qu’il a maintenue jusqu’en 2021.
Interprète actif, il a donné de nombreux concerts sur certains des plus grands instruments du Québec, notamment à l’oratoire Saint-Joseph, à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde et à la basilique Notre-Dame-du-Cap. Il a également participé pendant près de 20 ans à des émissions sur les ondes de Radio-Canada, et enregistré plusieurs albums.
Le concert
Le concert du 2 mai proposera un programme riche et accessible, couvrant plusieurs grandes périodes du répertoire classique. En première partie, le public pourra entendre le Menuet tiré de Music for the Royal Fireworks de Georg Friedrich Haendel, Ô Jésus, que ma joie demeure de Johann Sebastian Bach, ainsi que la Sicilienne et le Prélude en sol mineur du même compositeur. S’ajouteront Ave verum corpus de Wolfgang Amadeus Mozart, une Sonate en do majeur de Domenico Scarlatti, de même que le Printemps des Quatre saisons d’Antonio Vivaldi, et un extrait du Concerto pour orgue op. 4 no 1 de Händel, présenté sous forme de thème et variations.
Après une pause de dix minutes, la deuxième partie fera place à des œuvres tout aussi connues du grand public, dont l’Ave Maria et la Sérénade de Franz Schubert, Le cygne de Camille Saint-Saëns, ainsi qu’O mio babbino caro de Giacomo Puccini. Le concert se poursuivra avec la Gymnopédie no 1 d’Erik Satie, avant de culminer avec la célèbre Toccata et fugue en ré mineur de Johann Sebastian Bach, une pièce emblématique du répertoire pour orgue.
Un patrimoine à préserver
Au-delà du concert, la démarche vise à redonner à l’orgue Casavant sa place au sein de la communauté. L’instrument, qui comprend deux claviers, un pédalier, 22 jeux et 1455 tuyaux, représente un patrimoine musical d’une grande valeur. Pour les membres du comité, l’objectif est clair : éviter que cet orgue quitte la région, et lui permettre de retrouver une fonction vivante.
Si tout se déroule comme prévu, ce concert pourrait marquer le début d’une nouvelle vie pour l’orgue de Sainte-Perpétue — une renaissance portée par la passion, la mémoire, et le désir de préserver un héritage culturel précieux.

