À l’instar de ce qui se passe dans la région de Bellechasse, l’opposition au projet de ligne à haute tension de 315 kV — connu sous le nom d’axe Appalaches–Bas-Saint-Laurent — gagne du terrain en Côte-du-Sud, plus précisément dans la MRC de Montmagny. Réunis récemment dans le cadre du conseil des maires de la MRC, plusieurs citoyens ont pris la parole pour exprimer leurs préoccupations face à un projet qu’ils jugent difficile à comprendre, voire insuffisamment expliqué, et imposé.
Porté par Hydro-Québec, le projet prévoit la construction d’une ligne de 260 kilomètres reliant le poste des Appalaches, à Saint-Adrien-d’Irlande, à un nouveau poste situé à Saint-Honoré-de-Témiscouata, dans le Bas-Saint-Laurent. Cette infrastructure vise notamment à transporter l’énergie éolienne produite dans l’est du Québec. Dans sa forme actuelle, elle traverserait une quarantaine de municipalités, et nécessiterait une emprise d’environ 70 mètres de large, touchant potentiellement près de 500 propriétaires privés, principalement en Chaudière-Appalaches.
Un tracé nord privilégié dans le secteur
Dans le secteur de Notre-Dame-du-Rosaire, deux scénarios sont actuellement à l’étude, soit un tracé nord et un tracé sud. Lors des échanges, il a été mentionné que les élus du territoire privilégient le tracé nord, afin de limiter les impacts sur certains secteurs habités. Cette prise de position vise à influencer le projet en amont, dans un contexte où plusieurs reconnaissent que celui-ci devrait aller de l’avant. Précisons que la MRC de Montmagny appuie ledit projet.
Un manque d’information dénoncé
Sur le terrain, plusieurs citoyens affirment avoir été informés tardivement des détails du projet. À Notre-Dame-du-Rosaire, Ronald Côté, ancien conseiller municipal, déplore la manière dont certaines décisions auraient été prises sans consultation élargie. « Le restant de la population n’était pas au courant de ça », affirme-t-il, évoquant notamment des ententes conclues avec certains propriétaires.
Il souligne en effet que des compensations financières ont été offertes dans certains cas. « C’est 30 000 $ qu’ils donnaient… d’un coup », précise-t-il, comparant ces ententes à un pacte avec le diable.
Pour lui, l’enjeu dépasse la simple question monétaire. « On se bat contre Goliath », lance-t-il, en référence au rapport de force entre les citoyens et la société d’État. Il évoque également la possibilité d’expropriation dans certains cas, sans pouvoir se défendre adéquatement. Du côté de la MRC, on soutient toutefois que l’information a bel et bien circulé au cours des dernières années, notamment par le biais de rencontres avec les citoyens.
Des impacts redoutés sur le territoire
Les inquiétudes exprimées ne se limitent pas uniquement aux aspects fonciers. Plusieurs intervenants ont soulevé des préoccupations liées à l’environnement, aux paysages et au développement régional. Directrice de Luna Caballera, la troupe de cirque équestre de Notre-Dame-du-Rosaire, Marie-Claude Bouillon insiste sur la valeur du milieu naturel dans le secteur. « Avoir une nature préservée, des paysages comme ça, à 20 minutes d’une petite ville… c’est vraiment un trésor », affirme la principale intéressée.
Elle souligne par ailleurs l’intérêt que suscite la région auprès de visiteurs internationaux. « J’ai des photographes qui viennent de Pologne, des États-Unis et de la France pour poser mes chevaux… ils tombent en amour avec le paysage », explique-t-elle.
Mme Bouillon précise également que le tracé nord passerait à environ 800 mètres du site où sont présentées ses activités, ce qui alimente ses inquiétudes quant aux impacts visuels, et donc économiques, à long terme pour son entreprise…
Un enjeu de consultation et de démocratie
Au fil de la rencontre, plusieurs citoyens ont soulevé des questions liées à la consultation publique. Le manque d’information, la complexité du dossier, et l’impression que certaines décisions sont déjà prises alimentent un sentiment de frustration.
Certains ont évoqué la possibilité de tenir des consultations citoyennes plus formelles, voire des référendums municipaux, afin de mieux refléter l’opinion de la population. D’autres ont insisté sur la nécessité d’un débat plus large sur le développement énergétique du territoire. Plusieurs estiment néanmoins que les dés sont déjà jetés, malgré les consultations en cours.
Des élus aux pouvoirs limités
Du côté des élus, les interventions laissent entendre que leur marge de manœuvre demeure restreinte. Leur rôle consiste principalement à influencer le tracé afin d’en atténuer les impacts, plutôt qu’à accepter ou refuser le projet. « Nous, on tente d’influencer », a indiqué la MRC, tout en reconnaissant que « ce n’est pas vraiment une option » de refuser le projet, car c’est la société d’État qui a finalement le dernier mot.
Cette réalité alimente donc un certain sentiment d’impuissance chez plusieurs citoyens qui se questionnent sur leur capacité réelle à faire entendre leur voix dans ce dossier.
Une mobilisation en émergence
La mobilisation citoyenne semble donc prendre de l’ampleur dans la région. À l’image de ce qui se passe déjà dans Bellechasse, plusieurs initiatives émergent afin de structurer la contestation, et de mieux informer la population.
Le tracé final de l’axe Appalaches–Bas-Saint-Laurent doit être déterminé d’ici la fin de l’année 2026. D’ici là, le débat promet de se poursuivre en Côte-du-Sud, où les préoccupations liées à l’environnement, au développement du territoire et à l’acceptabilité sociale demeurent bien présentes.

