Le projet de soutien financier au Musée de la sculpture de Saint-Jean-Port-Joli vient de subir un important revers. La Municipalité a officiellement mis fin au processus d’approbation référendaire entourant le règlement d’emprunt de 475 000 $, replongeant du même coup l’avenir du projet dans l’incertitude. Toutefois, la Municipalité n’abandonne pas ses objectifs, et retourne à sa planche à dessin.
Dans un avis public daté du 10 avril, le directeur général et greffier-trésorier Stéphen Lord confirme que le règlement 852-26 « ne poursuivra pas son processus d’adoption ». Cette décision fait suite à la procédure d’enregistrement tenue le 18 mars dernier, au cours duquel un nombre suffisant de signatures a été recueilli pour déclencher la tenue d’un référendum. Plutôt que d’aller de l’avant avec cette consultation populaire, le conseil municipal a choisi de retirer le règlement.
Un montage financier fragilisé
Le règlement d’emprunt visait à accorder une aide financière au Musée de la sculpture, dans le cadre d’un projet de développement plus large. L’emprunt total de 475 000 $, remboursable sur 15 ans, incluait une participation municipale évaluée à environ 250 000 $ comme contribution du milieu.
Selon le maire Normand Caron, contacté par Le Placoteux, cette contribution était essentielle pour compléter le montage financier du projet, qui comprend également des apports du Fonds régions et ruralité, ainsi que des investissements de partenaires privés. « En ne pouvant pas le faire sous cette forme-là, il faut analyser d’autres avenues », explique-t-il, reconnaissant que l’abandon du règlement oblige la Municipalité à revoir entièrement sa stratégie.
Retour à la table de travail
Le dossier est désormais relancé. La Municipalité entend reprendre les discussions avec la Corporation des fêtes et événements culturels (COFEC) qui est impliquée dans la gestion du musée et de ses activités. « On va se rasseoir avec la COFEC, et regarder les possibilités pour assurer la continuité du projet », indique le maire, tout en précisant que les réflexions se poursuivent.
La Municipalité se donne ainsi un délai de deux à trois mois pour analyser les scénarios possibles, et proposer une solution viable. « Il n’y a aucune porte de fermée », insiste le maire Caron, évoquant la possibilité d’un nouveau montage financier ou d’une formule différente.
Un manque d’adhésion citoyenne
Au-delà des considérations financières, le dossier met en lumière un enjeu de communication avec la population. Selon Normand Caron, plusieurs citoyens ne comprennent pas pleinement les objectifs du projet. « Les gens sont pas mal dans l’ignorance par rapport aux objectifs de développement du musée. Il y a une jeune génération qui n’est pas consciente de ce que ça peut apporter. On aurait dû les tenir informés de tout ça », admet-il de manière réaliste.
Afin de corriger la situation, une séance d’information publique pourrait être organisée dans les prochaines semaines, dans le but d’expliquer le projet et de répondre aux préoccupations.
Un enjeu culturel majeur
Pour le maire, l’avenir du musée dépasse largement la question financière. Il s’agit d’un enjeu identitaire pour Saint-Jean-Port-Joli, reconnu pour sa tradition de sculpture sur bois. « Ça fait partie du caractère culturel de Saint-Jean-Port-Joli. L’enlever complètement de la carte, c’est inacceptable », affirme-t-il.
Le musée conserve notamment des collections d’importance, dont des œuvres de Jean-Julien Bourgault, cédées à la Municipalité. « On ne peut pas laisser dormir ça dans des garde-robes », conclut M. Caron.
Un avenir à redéfinir
À ce stade, aucune décision finale n’a été prise quant à la suite du projet. Plusieurs rencontres devront avoir lieu avant qu’une nouvelle orientation soit proposée. Si un nouveau règlement d’emprunt devait être présenté, il pourrait de nouveau être soumis à une procédure référendaire, selon les modalités prévues par la loi. D’ici là, la Municipalité devra non seulement revoir son montage financier, mais aussi rallier une population partagée, dans un contexte où l’avenir du Musée de la sculpture demeure incertain.
