Une nouvelle attestation d’études collégiales (AEC) consacrée aux mycotechnologies sera offerte par Extra formation, le Service de formation continue du Cégep de La Pocatière. Présentée comme une première au Québec, voire au Canada, cette formation a été développée avec la collaboration de partenaires régionaux et industriels.
« L’AEC en mycotechnologie, c’est très, très innovateur. On a voulu permettre à des techniciens de laboratoire, des gens qui ont déjà une expertise scientifique, de développer leurs compétences au niveau de la matière mycologique — des champignons — pour la transformation, la recherche, et même pour ceux qui voudront démarrer de nouvelles entreprises dans le domaine », explique Kassia Heckey, directrice d’Extra formation, ajoutant qu’aucun programme de formation consacré aux mycotechnologies n’est actuellement offert au Québec. « La nouvelle AEC, qui mènera à un diplôme délivré par le ministère de l’Enseignement supérieur, vise à répondre aux besoins de l’industrie en formant une main-d’œuvre spécialisée. »
Pour Pascale Malenfant, conseillère en développement mycologique et innovation à la MRC de Kamouraska, c’est l’aboutissement d’un long processus qui a demandé quatre années de travail. C’est elle qui a eu l’idée de départ. « On en parle depuis 2013. Il fallait bien le Kamouraska pour concevoir la première formation technique en mycotechnologie au Canada ! Le champignon, c’est une signature qu’on a construite lentement avec le mycotourisme et le mycoalimentaire, et qui continue de prendre de l’ampleur avec cette formation en mycotechnologies. »
Les mycotechnologies regroupent l’exploitation des champignons, notamment du mycélium, des spores, des molécules et des enzymes qu’ils produisent, à des fins technologiques, industrielles et écologiques. Ce secteur émergent ouvre la voie à de nombreuses applications innovantes, allant de la fabrication de matériaux biodégradables, comme des emballages écologiques, à la production de protéines alimentaires, en passant par la bioremédiation des sols et des matières contaminés. Les champignons sont également étudiés pour leurs composés actifs utilisés en santé et en cosmétique, leurs extraits intégrés à des aliments fonctionnels, ainsi que leur potentiel dans le développement de biostimulants pour l’agriculture.
Une formation destinée à différents profils
Le programme s’adresse notamment aux techniciens de laboratoire, aux techniciens en procédés industriels, ainsi qu’aux personnes œuvrant dans les domaines des sciences, de l’environnement ou de la transformation. Il doit leur permettre d’acquérir les connaissances et les compétences nécessaires pour comprendre, maîtriser et exploiter le potentiel des champignons dans différents contextes industriels et scientifiques.
Les étudiants auront accès à des infrastructures de recherche, dont les laboratoires de Biopterre et une usine de recherche et de mise à l’échelle en mycotechnologies. La formation sera donnée par des spécialistes du domaine, et s’appuiera sur l’expertise développée dans le Kamouraska, où le secteur mycologique se structure et innove depuis plus de 15 ans.
La création de cette AEC résulte d’une collaboration entre Extra formation, le Cégep de La Pocatière, Biopterre, Premier Tech, la MRC de Kamouraska et Kamouraska mycologique. Les partenaires ont uni leur expertise afin de mettre sur pied une formation répondant aux réalités du marché.
Les inscriptions sont ouvertes, et la première cohorte est attendue pour l’été 2027.
Biopterre, un partenaire de choix
Pour Biopterre, la mise sur pied de cette formation s’inscrit dans une démarche amorcée il y a plusieurs années autour du développement de la filière mycologique dans le Kamouraska. Selon Marc Beaudoin, directeur général de Biopterre, le développement de cette filière a progressivement fait ressortir le besoin d’une formation spécialisée.
« Après un certain temps, c’est devenu évident que les mycotechnologies étaient une voie de développement, une filière pour la région », affirme-t-il. Lorsque le projet de formation a été présenté, Biopterre a rapidement décidé de s’y associer. « Quand Pascale et la MRC sont arrivées avec le projet, on a embarqué tout de suite, parce que ça répondait vraiment aux besoins du marché », souligne Marc Beaudoin.
La participation de Biopterre ne s’est toutefois pas limitée à son appui au projet. L’organisation a également contribué à déterminer le contenu de la formation. Le travail a notamment consisté à examiner les tâches réalisées par les techniciens, afin d’identifier celles qui sont liées aux nouvelles exigences du domaine.
Cette formation pourrait également contribuer à répondre aux besoins de main-d’œuvre de Biopterre. « Absolument, absolument », répond Marc Beaudoin, qui souhaite notamment que les stagiaires et les finissants puissent intégrer plus rapidement les entreprises avec une expertise spécialisée.
Un secteur en forte progression
Marc Beaudoin souligne que le secteur de la recherche évolue rapidement, et que Biopterre travaille actuellement à mieux cerner les besoins des entreprises. L’organisation cherche notamment à déterminer « les enjeux des industriels », et comment les mycotechnologies peuvent les aider. Cette démarche nécessite selon lui un travail auprès des utilisateurs potentiels, afin de mieux comprendre leurs besoins et les possibilités d’application des mycotechnologies.
Les champs d’application évoqués par le directeur général sont nombreux. Biopterre travaille notamment sur des matériaux fabriqués à partir de mycélium. M. Beaudoin parle aussi de l’utilisation des champignons pour le bois, pour différents produits d’apparence, pour des molécules pharmaceutiques et pour la remise à niveau de sites qui ont été dégradés ou perturbés par l’activité humaine ou autre.
Pour Marc Beaudoin, l’étendue des possibilités constitue justement l’un des enjeux du développement de cette filière. « C’est très large, résume-t-il. Il faut voir que les champignons, c’est le cinquième royaume. Il y en a partout, c’est utilisé partout, c’est efficace. » L’enjeu consiste maintenant, selon lui, à déterminer où les mycotechnologies peuvent apporter une valeur ajoutée aux entreprises, notamment aux PME de la région.

