Publicité

Cégep de La Pocatière : L’intelligence artificielle s’invite en soins infirmiers

Emmanuella Ayivi et Juliette Bérubé discutent avec Paul afin de bien évaluer son état.

Il s’appelle Paul. Couché sur une civière du département de soins infirmiers du Cégep de La Pocatière, sa vie se résume à répondre aux questions d’étudiants qui l’accueillent à l’urgence. Rien n’est programmé. Paul, premier du genre au Québec, est un mannequin de simulation haute fidélité doté d’intelligence artificielle. Il adapte ses réponses aux différentes questions, pour l’instant en anglais, ce qui permet une belle collaboration entre les départements d’Anglais et de Soins infirmiers.

La technologie a été présentée récemment lors d’une activité de démonstration. Celle-ci permet de recréer des situations médicales réalistes tout en intégrant l’apprentissage de l’anglais, une compétence de plus en plus utile dans le réseau de la santé.

Le mannequin, développé par l’entreprise Gaumard Scientific, peut dialoguer avec les étudiants et simuler différents états de santé. Grâce à son intelligence artificielle, il réagit aux questions et aux interventions posées par les futures infirmières, ce qui permet de reproduire des scénarios cliniques proches de la réalité.

« Le but, c’est que les étudiants soient capables minimalement de poser certaines questions en anglais si un patient anglophone arrive à l’urgence, que ce soit à La Pocatière, Montmagny ou Rivière-du-Loup », explique Samuel Ouellet, enseignant en soins infirmiers. « Ils doivent pouvoir demander pourquoi la personne est ici, évaluer la douleur sur une échelle de zéro à dix, ou encore recueillir les informations nécessaires pour la fiche d’admission. »

Une simulation très réaliste

Lors de la démonstration, deux étudiantes en soins infirmiers, Emmanuella Ayivi et Juliette Bérubé, ont réalisé un exercice de triage avec le mannequin-patient. Celui-ci répondait à leurs questions sur son état de santé, ses antécédents médicaux, ou ses allergies.

La scène reproduisait l’arrivée d’un patient blessé à l’urgence. Les étudiantes devaient lui poser les questions de base pour évaluer la situation, notamment l’intensité de la douleur, les symptômes et la prise de médicaments. L’exercice exigeait à la fois une compréhension de l’anglais, et l’utilisation du vocabulaire médical approprié.

« Les étudiants doivent s’adapter aux réponses qu’ils obtiennent, et ce n’est pas toujours pareil », souligne Samuel Ouellet. « Il y a un aspect compréhension de l’écoute et expression en anglais, mais aussi tout le raisonnement clinique derrière les questions posées. »

Briser le silo entre les disciplines

Pour Alexandre Tardif, enseignant en anglais, l’utilisation du mannequin permet de donner un sens concret à cet apprentissage. « Ce que je trouve super, c’est que c’est du concret. Les étudiants se retrouvent devant une situation réelle, et doivent utiliser le vocabulaire et les expressions de leur domaine », explique-t-il. « Le robot peut aussi nous demander de répéter ou nous dire qu’il n’a pas compris. Dans la communication, c’est essentiel d’oser dire “je n’ai pas compris, répétez”. »

Selon lui, l’exercice permet également de démontrer l’utilité de la formation générale dans un programme technique. « On brise un peu le silo entre les cours d’anglais et la formation spécifique. Les étudiants voient que l’anglais leur sera utile dans leur pratique. »

Moins de stress pour les étudiantes

Pour les étudiantes participantes, travailler avec un robot constitue aussi une façon d’apprivoiser les situations réelles, sans la pression d’un vrai patient. « On se sent moins gênées parce qu’il n’y a pas de jugement, explique Emmanuella Ayivi, étudiante en soins infirmiers. Si on se trompe, on peut simplement répéter la question et recommencer. »

Juliette Bérubé voit également dans cet outil une manière efficace de se préparer aux stages. « Ça nous permet d’acquérir de l’expertise et de mémoriser les étapes à suivre. Quand on arrive devant un vrai patient, on a déjà pratiqué. »

Les étudiantes soulignent aussi que les réponses variables du mannequin obligent à s’adapter et à apprendre de nouveaux mots. « Des fois, il utilise des termes qu’on ne connaît pas, alors on les apprend pour plus tard dans notre pratique », ajoute Juliette Bérubé.

Le troisième de la famille

Le Cégep de La Pocatière possède trois mannequins de simulation permettant de recréer différentes situations cliniques, dont un modèle spécialisé en obstétrique et un autre en pédiatrie. Le mannequin présenté lors de la démonstration constitue toutefois l’équipement le plus récent du laboratoire de simulation.

« Paul est une génération plus récente, et c’est le seul de ce type au Québec, précise Samuel Ouellet. Il peut éventuellement reproduire beaucoup d’autres réactions physiologiques, et des scénarios plus complexes. »

Ces technologies permettent notamment d’exposer les étudiants à des situations qu’ils ne rencontreront pas nécessairement en stage. Les simulations offrent ainsi un environnement sécuritaire pour développer le jugement clinique et la confiance, avant l’entrée sur le marché du travail.

À mesure que la formation infirmière évoluera, ces activités devraient prendre encore plus de place. Le ministère prévoit en effet intégrer davantage de simulation dans le futur programme de formation. « C’est bon qu’on soit déjà équipé, conclut Samuel Ouellet. Les simulations permettent d’amener les étudiants très près de la réalité du travail, tout en leur donnant l’occasion de pratiquer et de faire des erreurs dans un environnement sécuritaire. »

Soins infirmiers: Le programme est sorti des soins intensifs

Après avoir traversé une période plus difficile il y a quelques années, le programme de Soins infirmiers du Cégep de La Pocatière semble aujourd’hui avoir retrouvé une certaine stabilité.

Le directeur général de l’établissement, Steve Gignac, rappelle que le programme avait déjà connu une baisse préoccupante des inscriptions. « Il y a quelques années, le programme était vraiment en difficulté. On était descendus à un seuil assez critique », explique-t-il.

Cette situation inquiétait, d’autant plus que la formation en soins infirmiers demeure étroitement liée aux besoins du réseau de la santé dans la région. « On se posait beaucoup de questions à ce moment-là, notamment sur la capacité de maintenir la formation ici », ajoute Steve Gignac.

Depuis, la situation s’est améliorée. Selon lui, les efforts concertés du personnel enseignant et des équipes du cégep ont permis de redresser la situation. « Il y a des efforts constants qui sont faits au niveau du recrutement, autant par l’équipe enseignante que par l’équipe des communications. On a maintenant de bons résultats », souligne-t-il.

Le programme continue d’attirer des étudiants, même si le cégep souhaiterait en accueillir davantage. « On en prendrait toujours plus », reconnaît Steve Gignac. Pour la prochaine cohorte, une quinzaine de demandes d’admission ont été enregistrées, un niveau qui permet de maintenir le programme.

Le directeur général estime que l’ajout d’équipements technologiques comme les mannequins de simulation contribue également à renforcer l’attractivité de la formation. « On mise vraiment sur ces éléments-là pour bien répondre aux besoins du marché du travail, et offrir une formation actuelle aux étudiants. »

À plus long terme, la formation devrait aussi évoluer. Le ministère prévoit en effet une révision du programme de Soins infirmiers qui accordera une place plus importante aux activités de simulation clinique, un domaine dans lequel le Cégep de La Pocatière est déjà bien équipé. « C’est une orientation qui va prendre de plus en plus d’importance dans la formation, conclut M. Gignac. Et c’est une bonne chose que nous soyons déjà prêts pour cette évolution. »

Le directeur général du Cégep de La Pocatière, Steve Gignac. Photo : Courtoisie