Un enseignant qui effectuait du remplacement à l’École secondaire Bon-Pasteur de L’Islet poursuit aux petites créances un ancien élève qu’il accuse de lui avoir causé un préjudice physique lors d’un incident survenu le 3 février 2020. Au moment des faits, le jeune homme était âgé de 18 ans.
La cause a été entendue le 17 février dernier au palais de justice de Montmagny, devant la Cour du Québec, division des petites créances, sous la présidence de la juge Chantal Gosselin. Le demandeur souhaite obtenir 15 000 $ en dommages et intérêts, alors que la partie défenderesse réclame 5000 $.
La version de l’enseignant
Selon la version du demandeur, la période de cours se déroulait normalement lorsqu’un faisceau lumineux aurait atteint directement ses yeux. Il décrit un halo verdâtre suivi d’une perte de vision temporaire importante. Il soutient qu’il s’agit d’un pointeur laser vert de six pouces, qu’il aurait ensuite récupéré pour le déposer sur son bureau, avant qu’il ne disparaisse.
« J’étais en train de marcher, debout à l’avant de la classe. Et tout d’un coup, je me suis retrouvé avec un énorme rayon d’une forme ovalisée. Puis, très rapidement, j’ai eu la sensation d’être dans un nuage, soit dans un nuage vert. J’étais immobilisé. Par la suite, c’était l’aveuglement pour moi », a expliqué à la juge le demandeur, avant d’ajouter : « C’est à ce moment que j’ai entendu : “arrête, innocent” », faisant allusion au fait qu’un autre élève aurait fait cette déclaration au jeune concerné.
L’élève fautif aurait ensuite été expulsé de la classe, tout en affirmant par la suite qu’il n’était pas en possession de l’appareil qui était désormais disparu. Le demandeur indique quant à lui avoir rempli un rapport d’événement le jour même, informé la direction, et déposé une plainte auprès des policiers. La plainte n’a cependant pas été retenue par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), mais des poursuites aux petites créances ont ensuite été entamées.
Selon les documents déposés au dossier, l’enseignant a subi une perte visuelle, des séquelles oculaires ont également été médicalement documentées, et le laser impliqué n’a jamais été retrouvé. L’enseignant a dû cesser l’enseignement afin de se réorienter professionnellement. Le demandeur affirme avoir consulté un médecin rapidement après les faits, et entrepris des démarches auprès de la CNESST. Son dossier a été reconnu à certains égards, avec versement d’indemnités pour une période déterminée.
Le défendeur
De son côté, le défendeur conteste la version présentée. Il soutient qu’il ne s’agissait pas d’un pointeur laser, mais plutôt d’un petit porte-clés muni d’une lumière standard, comparable à une mini-lampe de poche ; un objet qu’il aurait trouvé sur le sol, juste avant de se rendre au cours en question.
Selon lui, l’objet produisait un simple point lumineux blanc, non dangereux, et non un faisceau concentré comme affirmé par l’enseignant. Il croit davantage que le projecteur de la classe aurait possiblement produit cet effet lumineux qui aurait aveuglé l’enseignant, et non son petit gadget insignifiant. Pourtant, l’enseignant continue d’affirmer qu’il s’agit bel et bien d’un pointeur laser vert. « Il avait même un avertissement écrit sur l’appareil. Les pointeurs laser verts, souvent plus puissants et dangereux que les rouges, présentent un risque élevé de lésions oculaires irréversibles et d’éblouissement », a-t-il dit.
Le défendeur demande à son tour un montant au demandeur, soit 5000 $, car il estime avoir été victime de procédures abusives, de dommages moraux liés au stress et à l’anxiété découlant de la poursuite intentée contre lui. Il affirme également avoir subi des pertes financières en raison du litige, de même que des frais directement liés à la situation, qu’il s’agisse de dépenses juridiques ou d’autres montants engagés pour se défendre. Il croit par ailleurs que s’il y a une somme à débourser, c’est au Centre de services scolaire à le faire, et non à lui, personnellement.
La décision de la juge Gosselin sera rendue ultérieurement par écrit, conformément aux délais prévus. Le verdict devrait être connu d’ici quatre mois.

