Publicité

Faites partie de la vague : Remplir la piscine, une goutte à la fois

Mission accomplie pour Julye Letarte, Katie Lizotte, Francine Lamarre et Joannie Boilard du comité citoyen Sauvons notre piscine, qui ont été les premières à plonger. Photo : Courtoisie

Au départ, l’idée était vertigineuse. Amasser 1,3 million $ dans une communauté de taille relativement modeste pour assurer la rénovation d’une piscine. Pourtant, Julye Letarte et ses complices du comité citoyen ont foncé. Un an et demi plus tard, à coups 10 $ et parfois de 5$, la mission est accomplie. Les sceptiques — tous les sceptiques — ont été confondus. La volonté, l’enthousiasme et le positivisme du comité citoyen a réussi à attirer tout le monde dans la vague, et à prouver qu’avec de la volonté, tout est possible. Le Cégep de La Pocatière aura sa nouvelle piscine.

Pour Julye Letarte, Katie Lizotte, Francine Lamarre et Joannie Boilard du comité citoyen, l’équation n’a jamais été une seule question de chiffres. C’était une question d’eau. D’eau qui manque. D’enfants qui doivent prendre la route jusqu’à Rivière-du-Loup ou Montmagny pour apprendre à nager. De personnes âgées ou atteintes de maladies chroniques qui n’ont pas accès à l’un des sports les plus complets et les plus sécuritaires. « On n’a jamais vraiment douté », confie Mme Letarte. Ambitieux? Oui. Irréaliste? Non. Parce que le besoin, lui, était limpide.

Une piscine à remplir… d’abord avec des bras

Avant d’être un bassin rempli d’eau, le projet a été un bassin rempli de bras. Des bras qui cognaient aux portes, qui déposaient des petites tirelires sur les comptoirs des commerces, qui servaient aux tables lors d’un « serveur d’un soir », qui répondaient aux messages Facebook tard le soir, et qui reprenaient le téléphone, encore et encore. Le comité citoyen n’avait pas de baguette magique. Mais il avait du souffle.

Chaque 5 $, chaque 10 $ devenait une goutte. Une vraie, visible, comptée et annoncée. Et goutte à goutte, la ligne d’eau montait. Un jour, le niveau n’a plus été symbolique. Il est devenu mesurable. Julye Letarte et son équipe ont choisi la transparence totale. « On expliquait où en est le financement, on disait ce qui manquait, on nommait les appuis pour démontrer que chaque don était important. On a pris le temps de communiquer, d’aller dans les médias, sur les réseaux sociaux. Les gens nous arrêtaient à l’épicerie, à la pharmacie, au travail. On en parlait partout. »

Rapidement, le 10 $ n’était plus un billet. Il devenait un geste d’appartenance. Les autocollants « Je sauve ma piscine, faites partie de la vague » n’étaient plus un slogan. C’était devenu une prise de position. Ce n’était plus la piscine du Cégep ni un dossier administratif, c’était la piscine de toute une communauté, et le comité citoyen a réussi à démontrer qu’elle était vraiment essentielle pour tous.

Le plongeon des entreprises

Lorsque des entreprises ont commencé à confirmer leur soutien, le projet a cessé d’être perçu comme une idée audacieuse pour devenir un plan crédible. La Clinique dentaire Kamouraska a été la première à signert un chèque de 10 000 $. « Lorsque notre amie Jill Laroche-Paquet, propriétaire de la clinique, a décidé d’embarquer, ça a donné un souffle nouveau, et d’autres entreprises ont emboîté le pas », ajoute Julye Letarte.

Le tremplin était installé. Entreprises et employeurs régionaux ont contribué. En quelques engagements, près d’un demi-million $ était sécurisé. Quelque chose a basculé. Ce n’était plus un rêve de bénévoles. C’était un chantier qui prenait forme.  Puis, Alstom a versé 250 000 $. Les nuages se dissipaient de plus en plus. L’objectif était visible à l’œil nu.

Le marathon humain

Un an et demi de mobilisation, c’est long. Il y a eu des semaines d’euphorie. D’autres plus lourdes. Des moments d’inquiétude. Des passages plus politiques, parfois déstabilisants. « Ce qui a été le plus difficile, comme bénévole, c’est de conjuguer avec certains égos. On fait ça bénévolement, avec notre cœur, avec une expertise imparfaite. Ce n’est pas toujours simple », admet-elle, précisant toutefois qu’il ne s’agit pas d’un portrait généralisé. « Il y a eu des personnes extraordinaires. Mais il y a eu des situations où je me suis dit : on fait ça avec notre cœur, on est bénévoles, et on doit quand même encaisser certaines choses. Ça, ça a été plus dur. »

Il y a eu de la fatigue. Des vacances écourtées. Des heures volées au sommeil. Mais il y a eu aussi la chimie des membres du comité citoyen. « Quand l’une flanchait, l’autre prenait le relais. Les rencontres chez l’une ou l’autre, les soupers, les éclats de rire, les idées lancées autour de la table. Des amitiés sont nées dans ce tourbillon. Il y a eu des périodes où on sentait que l’énergie baissait. Après la rentrée scolaire, par exemple, on savait que les finances des familles étaient plus serrées. On ajustait le rythme. » Parce que la crédibilité financière faisait aussi partie des préoccupations. « On était très transparentes. On n’avait rien à cacher. »

Malgré ces passages, l’équipe est restée soudée. « Quand l’une avait besoin de souffler, une autre prenait le relais. On s’est respectées là-dedans. »

Le moment charnière? « Quand les engagements structurants sont tombés, combinés au soutien gouvernemental confirmé à hauteur d’un million $. Il restait de l’eau à verser dans le bassin, mais le fond n’était plus visible. Le gouvernement avait besoin d’un signal clair. Le comité et la population l’ont fourni. Chacun a donné à la hauteur de ce qu’il pouvait.

Un Kamouraska solidaire

Avec le recul, Julye Letarte voit dans cette campagne un miroir fidèle du Kamouraska. Un tissu social serré. Des gens qui s’encouragent, des entreprises qui redonnent, des médias locaux qui relaient, des voisins qui s’impliquent. Arrivée de Québec en 1996, elle dit avoir rapidement compris qu’elle mettait les pieds dans un milieu particulier.

« Je me souviens très bien de mes premières semaines ici. J’étais une étudiante, je ne connaissais presque personne, et les gens me saluaient, m’orientaient, prenaient le temps de m’expliquer comment ça fonctionnait. On m’a accueillie sans réserve. » Cette mémoire a traversé les années, et a nourri sa confiance au moment de lancer la campagne.

« Je n’ai jamais douté de la solidarité du Kamouraska. Je savais que si le projet était juste et bien expliqué, les gens embarqueraient. Ce que j’ai vu pendant la campagne n’a fait que confirmer ce que je ressentais déjà depuis mon arrivée. Ici, quand on se tient, on est capables de grandes choses. »

Au final, les 1,3 million $ amassés par le comité citoyen sont impressionnants, et constituent la preuve tangible que lorsqu’une population décide de plonger ensemble, elle peut déplacer des vagues. Cette piscine s’est remplie avec de l’eau de bras, de la créativité et des convictions. La population a plongé, au sens figuré, et bientôt elle y replongera, cette fois au sens propre.