La santé mentale de la population en Chaudière-Appalaches montre des signes préoccupants, particulièrement chez les jeunes et les femmes, selon un portrait actualisé publié le 12 mars dernier par la Direction de santé publique.
Ce document, qui couvre principalement l’évolution entre 2019 et 2024, met en lumière une augmentation notable de la détresse psychologique dans la région. Alors qu’environ une personne sur quatre en souffrait en 2014-2015, cette proportion atteint désormais près d’une personne sur trois. Cette tendance s’inscrit dans un contexte semblable à celui observé à l’échelle du Québec.
Les personnes âgées de 15 à 24 ans ainsi que les femmes figurent parmi les groupes les plus touchés. Elles rapportent davantage de détresse psychologique élevée et de symptômes d’anxiété généralisée, ce qui confirme une vulnérabilité accrue au sein de ces groupes. En 2020-2021, la proportion de femmes présentant des symptômes d’anxiété généralisée atteignait 16 %, contre 5 % chez les hommes.
Troubles de santé mentale
Le portrait régional indique également qu’en 2023-2024, près de 10 % de la population de Chaudière-Appalaches, soit 9,8 %, vivait avec un trouble de santé mentale diagnostiqué. Les troubles anxiodépressifs demeurent les plus fréquents, touchant 5,3 % de la population. Leur prévalence est presque deux fois plus élevée chez les femmes, soit 7 % contre 4 % chez les hommes.
Chez les jeunes, le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, ou TDA(H), touche environ une personne sur 25 âgée de 1 à 24 ans, ce qui représente 4,2 % de ce groupe. Du côté des troubles plus sévères, les troubles schizophréniques affichent une prévalence d’environ 0,2 % dans la région, et touchent davantage les hommes. Quant aux troubles liés aux substances psychoactives, ils demeurent moins fréquents, mais affectent davantage les hommes, avec une prévalence d’environ 1,0 %, contre 0,5 % chez les femmes.
Le suicide
Le rapport souligne aussi l’ampleur persistante de la problématique du suicide dans la région. Environ une personne sur dix, soit 9,8 % des 15 ans et plus, rapporte avoir déjà songé sérieusement au suicide au cours de sa vie, tandis qu’environ 4,1 % disent avoir déjà fait une tentative.
Le taux de mortalité par suicide demeure supérieur à celui observé dans l’ensemble du Québec, avec 18 décès par 100 000 personnes en 2022, comparativement à 13 par 100 000 à l’échelle québécoise. En moyenne, 77 suicides sont survenus chaque année dans la région entre 2020 et 2022. Les hommes sont particulièrement touchés, représentant environ trois décès sur quatre.
Le portrait relève aussi que les jeunes femmes âgées de 15 à 19 ans présentent les taux d’hospitalisation les plus élevés à la suite d’une tentative de suicide. Pour la période 2020 à 2025, ce taux atteignait 146 hospitalisations par 100 000 personnes.
Le document met également en évidence des écarts importants selon les conditions socioéconomiques. Les personnes vivant dans des milieux très défavorisés matériellement et socialement présentent un taux de mortalité par suicide nettement plus élevé, avec 14 décès supplémentaires par 100 000 personnes par année, comparativement aux milieux très favorisés.
Un appel à renforcer les actions
En conclusion, la Direction de santé publique trace un portrait à la fois préoccupant et porteur de leviers d’action. « Les données récentes dressent un portrait nuancé de la santé mentale en Chaudière-Appalaches, montrant des écarts importants selon l’âge, le sexe et le territoire, ainsi que des besoins plus marqués dans le sud de la région. En renforçant la prévention, la promotion et les partenariats, les milieux seront mieux outillés pour repérer la détresse, soutenir les populations vulnérables, et améliorer durablement la santé mentale en Chaudière-Appalaches. »
