Le Placoteux a eu droit à une visite privée d’un chantier peu banal, celui de la transformation de la salle de spectacle André-Gagnon de La Pocatière. Le lieu sera méconnaissable, plus convivial, et mis aux normes les plus modernes. Tout a été pensé pour faire vivre une expérience optimale aux spectateurs.
« Il n’y a pas un pouce qui n’a pas été refait », résume d’entrée de jeu Jean Desjardins, président de la Corporation régionale de la Salle André-Gagnon. De fait, dès l’arrivée, le changement saute aux yeux. La future entrée extérieure, entièrement vitrée, donnera accès à un hall autonome et lumineux. « Avant, on entrait par l’entrée des étudiants. Ce n’était pas convivial du tout. Là, on aura un espace pour socialiser, avec bar et billetterie. Les gens vont pouvoir arriver une heure avant, jaser, rester après », explique M. Desjardins. Ce nouvel espace sera aussi polyvalent, et pourra servir pour des lancements, assemblées ou petites réceptions, tout pourra s’y tenir.
Puis, on accède à l’étage inférieur par un nouvel escalier. Un ascenseur est aussi accessible pour les personnes à mobilité réduite. Nous voilà dans l’espace du foyer adjacent à la salle, autre endroit pour échanger autour du piano de concert original ayant appartenu à André Gagnon (voir autre texte).
En entrant dans la salle, même dans l’état actuel encore très brut, on devine déjà le résultat final. L’espace a été entièrement reconfiguré. « On voulait que les gens se sentent dans une salle de spectacle, pas dans un amphithéâtre de cégep. On voulait une expérience, pas juste un endroit pour s’asseoir, voir un artiste et repartir », affirme le président.
Des interventions majeures ont été réalisées partout, notamment aux têtes de poutres, autrefois en plâtre, qui s’étaient désagrégées. « On les a toutes refaites à l’identique, mais en bois. Ça va durer des années », dit M. Desjardins. De même, de surprise en surprise — et sans jeu de mots —, le plafond de plâtre, retenu par de simples broches, leur est tombé sur la tête. Résultat : un plafond entièrement neuf, pensé pour la sécurité, la durabilité et aussi la sonorisation, tout comme les murs de côté.
Meilleure vue
La pente de la salle a été accentuée pour offrir une vue dégagée sur la scène. La console sonore, qui bloquait la vision d’une partie du public, ne sera plus un obstacle. « Les gens seront vraiment dans une vraie salle de spectacle, digne de ce nom », assure M. Desjardins.
Le nombre de sièges a été réduit, passant d’environ 600 à 500, mais pour de bonnes raisons. « Avant, on était comme des sardines. Là, les fauteuils vont être plus grands, plus confortables, et il y aura beaucoup plus d’espace », dit l’ingénieur de formation. La mise aux normes touche toutes les sphères : électricité, plomberie, structure, sécurité incendie, portes coupe-feu, accessibilité universelle. Dix espaces dédiés aux personnes à mobilité réduite seront aménagés.
Travailler dans un bâtiment centenaire amène son lot d’imprévus. « Quand on défait un mur, ce qu’on pense trouver en arrière n’est jamais ce qu’il y a réellement. Il faut modifier la conception », raconte le président. L’amiante, présente à plusieurs endroits où on ne l’attendait pas, a aussi compliqué l’échéancier. Malgré tout, le budget reste intact à 8,2 millions $. « Il n’y a pas eu d’augmentation. » La livraison est prévue autour du 15 février. On pense à un retour des spectacles dans la salle André-Gagnon au printemps.
Appropriation citoyenne
Pour Jean Desjardins, au-delà du chantier, l’enjeu principal de cette salle est l’appropriation citoyenne. « Il faut que les gens y croient et la fréquentent. C’est à eux. Ce n’est pas la salle du Cégep. C’est la salle de la population. Si on veut des choses, nourrissons-les. Sinon, on ne les aura plus », insiste M. Desjardins, ajoutant espérer que l’achalandage sera meilleur.
« C’était relativement bon pour l’offre. Mais nous devrons prendre plus de risque pour présenter des spectacles un peu plus connus et populaires, et qui attirent. Ceci pour enlever de la mentalité des gens qu’on est une salle de spectacle secondaire, une salle de collège ou l’on présente des spectacles de seconde classe. J’ai vu des spectacles extraordinaires ici, mais les artistes étaient moins connus. Ça vaut la peine, mais ça attire moins », dit-il ajoutant que les salles comme celle de La Pocatière permettent une expérience différente.
« L’artiste peut être assis sur un coin de la scène, à 25 ou 50 pieds, et jaser avec le public. C’est déjà quelque chose de différent. Vous savez, les grands spectacles coûtent cher. Mais avec une nouvelle salle, si les gens se l’approprient, on pourra leur montrer qu’on est capable de rivaliser avec les plus grandes. »




