Quelques jours à peine après son entrée en vigueur au Québec, l’alerte SILVER a été déclenchée pour la toute première fois. La Sûreté du Québec a lancé, le 27 février, un avis de disparition concernant un homme de 91 ans de Plessisville qui a été retrouvé dans notre région.
L’homme avait été vu pour la dernière fois vers 16 h, sur la route 267 à Inverness, en direction de Thetford-Mines. Les policiers indiquaient qu’il pouvait se trouver dans les régions de Chaudière-Appalaches ou du Centre-du-Québec. Il se déplaçait à bord d’une Buick Verano blanche, immatriculée E32 KTE.
L’alerte a rapidement mobilisé les corps policiers et le public. Moins de 24 heures plus tard, vers 9 h samedi matin, il a été retrouvé sain et sauf dans le secteur de Kamouraska. La Sûreté du Québec a ensuite mis fin à l’alerte.
Un nouvel outil calqué sur l’AMBER
L’alerte SILVER vise les disparitions de personnes âgées dont l’état de santé ou la condition physique peuvent faire craindre pour leur sécurité. Elle s’apparente à l’alerte AMBER, utilisée pour les enlèvements d’enfants, mais adaptée aux aînés présentant notamment des troubles cognitifs ou des problèmes de désorientation.
Le déclenchement permet une diffusion rapide et massive d’informations à la population par différents canaux, afin d’augmenter les chances de localiser la personne en vie et en bonne santé. Dans le cas de Jean-Marc Côté, cette mobilisation rapide a mené à un dénouement heureux en moins d’une journée.
Des disparitions bien réelles dans la région
Au-delà de ce premier cas médiatisé, les statistiques démontrent que les disparitions d’aînés sont une réalité bien présente au Bas-Saint-Laurent. Selon des données fournies par la Sûreté du Québec au Placoteux, 57 disparitions de personnes de 65 ans et plus ont été enregistrées dans l’ensemble du Bas-Saint-Laurent en 2024 et 2025. On en comptait 29 en 2024, et 28 en 2025.
La majorité des cas concernent des disparitions de leur foyer naturel, soit 32 dossiers sur deux ans (19 en 2024 et 13 en 2025). Les autres signalements se répartissent notamment entre des disparitions survenues dans des hôpitaux (7), des centres d’accueil (3), des instituts psychiatriques (1), ou liées à des troubles neurologiques (3). Onze cas sont classés dans la catégorie « autre ».
Au Kamouraska, quatre disparitions d’aînés ont été recensées sur la même période : trois en 2024, et une en 2025. Trois de ces cas sont classés « disparition autre », et un concerne un départ d’un foyer naturel.
Un portrait qui relativise… et qui interpelle
Rapporté à l’ensemble du Bas-Saint-Laurent, le Kamouraska représente environ 7 % des disparitions d’aînés enregistrées au cours des deux dernières années (4 sur 57). Le nombre demeure modeste, mais chaque cas mobilise d’importantes ressources policières, et suscite l’inquiétude des proches.
Dans un contexte de vieillissement accéléré de la population régionale, les autorités estiment que des outils comme l’alerte SILVER pourraient devenir déterminants pour intervenir plus rapidement lors de situations critiques.
Le premier déclenchement, quelques jours seulement après l’instauration du système, démontre à la fois la pertinence du mécanisme et la réalité des disparitions d’aînés au Québec. Dans le cas de l’homme de Plessisville, la rapidité de diffusion aura contribué à une issue heureuse. Reste maintenant à voir comment cet outil s’intégrera, à long terme, aux stratégies d’intervention policières et communautaires dans les régions comme le Bas-Saint-Laurent.
Pourquoi un nom à connotation anglophone ?
Au moment où le gouvernement du Québec insiste sur le fait que la langue française est en péril, voilà qu’il impose un nom officiel à connotation anglophone à un processus qui sera certainement répété et entendu à maintes reprises pour des années à venir.
Le principe s’est inspiré de l’Alerte AMBER aux États-Unis. Or, ce nom, AMBER, n’a pas été choisi au hasard. C’est un prénom, celui d’Amber Hagerman, une fillette de neuf ans enlevée et assassinée au Texas en 1996. À la suite de ce drame, un système d’alerte d’urgence a été créé aux États-Unis, puis adopté ailleurs — dont au Québec — avec le même nom.
Officiellement, AMBER est devenu un acronyme : America’s Missing Broadcast Emergency Response, qu’on peut traduire par Réponse d’urgence diffusée pour une personne disparue. Même si le Québec utilise surtout la référence symbolique au prénom Amber, l’acronyme demeure associé au système.
Alerte SILVER
Le mot SILVER fait référence aux « cheveux argentés », donc aux personnes âgées. Contrairement à AMBER, le mot SILVER a d’abord été choisi pour cette valeur symbolique.
Dans certains États et juridictions nord-américaines, on y associe aussi un acronyme explicatif, par exemple : Senior Incident Locate Vulnerable Endangered Report.
Mais au Québec, SILVER sera maintenant surtout utilisé comme appellation distinctive pour signaler une disparition d’aîné dont la sécurité pourrait être compromise, particulièrement en cas de troubles cognitifs, de désorientation, ou d’un état de santé préoccupant.
