Sans connaître les raisons qui ont mené cet ex-candidat — aimé, reconnu et apprécié — retrouvé sans vie dans une région du Québec au lendemain de l’élection, une certitude s’impose : nous ne pouvons plus rester silencieux. Ce drame doit nous pousser à agir pour mieux reconnaître et prévenir la détresse électorale vécue par plusieurs.
Par cette lettre ouverte, je souhaite tendre la main à celles et ceux qui traversent actuellement ce que beaucoup sous-estiment : une véritable épreuve humaine. Je parle ici des candidats et candidates qui n’ont pas été élus le 2 novembre dernier, mais aussi de tous ceux et celles qui, dans n’importe quelle élection, portent ce poids invisible une fois les projecteurs éteints.
Il faut une foi immense pour se lancer. Il faut y croire pour parcourir rue après rue, maison après maison, pendant plus de quatre semaines. Pour sourire malgré la fatigue, pour frapper à une autre porte même lorsque la précédente s’est refermée sèchement. Pour recevoir un « bonne chance » qui, parfois, sonne comme un « pas cette fois ». Pour subir les attaques gratuites sur les réseaux sociaux d’une citoyenne commerçante qui projette sur vous ses déboires, et j’en passe.
Il faut aussi encaisser les blessures plus discrètes : celles qui viennent de gens que vous estimiez. Ces commentaires prononcés à demi-mot, laissant entendre que vous auriez fait « les mauvais choix » en vous associant à tel ou tel candidat à la mairie. Ces regards détournés après la défaite. Ce sentiment que vos convictions, que l’on admirait hier, deviennent soudain un fardeau. Cette peine est réelle. Cette solitude aussi. Mais sachez une chose : vous n’êtes pas seuls.
Nous devons prendre au sérieux cette détresse qui suit le marathon électoral. Trop de candidats ressortent épuisés, fragilisés, parfois brisés, et doivent pourtant reprendre leur vie comme si rien n’était arrivé. Comme si l’engagement citoyen n’avait pas de coût humain.
Il serait à propos de mettre en place un accompagnement psychologique pour tous les candidats et candidates, qu’ils soient élus ou non. À cet égard, j’ai interpellé l’Union des municipalités du Québec et la Fédération québécoise des municipalités pour suivre ce dossier à bras-le-corps. Mais en attendant, il est impératif que les municipalités elles-mêmes agissent, qu’elles offrent un soutien réel et accessible, afin d’éviter qu’un autre drame se produise.
Parce que derrière chaque candidature, il y a une personne. Derrière chaque défaite, un cœur qui encaisse. Et derrière chaque geste d’engagement, une vulnérabilité trop souvent ignorée. À quel prix acceptons-nous que cela continue ?
Il est temps de reconnaître, de soutenir et de protéger celles et ceux qui osent servir leur communauté.
Mireille Thibault
Montmagny

