La forte mobilisation entourant la visite du pape Léon XIV en France n’est pas passée inaperçue au Québec. Pour Mgr Pierre Goudreault, évêque du diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière et bientôt évêque du diocèse de Trois-Rivières, les signes d’un regain de la foi observés outre-Atlantique permettent même d’envisager avec confiance l’avenir de l’Église catholique québécoise.
Du 25 au 28 septembre dernier, le passage du souverain pontife à Paris, Lourdes et Metz a donné lieu à des rassemblements d’une ampleur inattendue. Quelque 80 000 jeunes ont en effet rempli le Stade de France le vendredi pour une veillée avec Léon XIV. Le lendemain, environ 800 000 personnes ont participé à la grande messe célébrée à Paris. À Lourdes, quelque 150 000 fidèles se sont réunis pour la célébration eucharistique du dimanche, tandis qu’environ 35 000 personnes ont accueilli le pape à Metz lors de la dernière étape de son voyage.
Dans une France pourtant profondément marquée par plusieurs décennies de laïcisation, ces foules ont remis à l’avant-plan la question de la place qu’occupe encore le catholicisme, particulièrement auprès des nouvelles générations. Plusieurs médias français ont par ailleurs été surpris de l’engouement pour la visite du Saint-Père, qui s’est faite dans la plus grande harmonie et avec un enthousiasme inattendu.
L’héritage chrétien
Lors de sa rencontre avec le président Emmanuel Macron, Léon XIV a insisté sur l’importance de l’héritage chrétien de la France. Le souverain pontife a rappelé que le pays possède « un riche patrimoine culturel et religieux », et qu’il a exercé pendant des siècles une influence spirituelle bien au-delà de ses frontières.
Ironie de l’histoire, la grand-messe parisienne de Léon XIV s’est déroulée place de la Concorde, autrefois appelée place de la Révolution. C’est à cet endroit que le roi Louis XVI fut guillotiné le 21 janvier 1793, en pleine Révolution française. Plus de deux siècles plus tard, quelque 800 000 personnes se sont rassemblées dans ce même secteur pour assister à une célébration présidée par le chef de l’Église catholique.
Impact au Québec
Les paroles du pape trouvent un écho particulier au Québec, dont une grande partie de l’héritage catholique découle justement de ses racines françaises et de l’évangélisation de la Nouvelle-France. Mgr Goudreault a quant à lui retenu particulièrement la présence massive des jeunes lors du passage de Léon XIV.
« Il est impressionnant d’observer le grand accueil, et le nombre de personnes qui ont participé aux différentes étapes de la visite apostolique du pape Léon XIV en France. Je pense tout particulièrement à la rencontre avec les jeunes au stade de Paris. Environ 80 000 jeunes adultes se sont réunis pour écouter une parole de paix et d’espérance de la part du successeur de Pierre », souligne-t-il au Placoteux.
Des « pousses nouvelles »
Pour l’évêque de Sainte-Anne, cette mobilisation prend une signification particulière alors que l’Église catholique traverse depuis plusieurs années une période de recul dans une bonne partie du monde occidental. Il estime cependant que ce déclin institutionnel n’empêche pas l’apparition de nouveaux signes de vitalité. « Malgré le dépouillement que l’Église catholique vit en Occident, il semble y avoir au même moment des pousses nouvelles qui annoncent un printemps pour l’Église », observe Mgr Goudreault.
Une situation qui l’amène à établir un parallèle avec le Québec, lui aussi profondément transformé par la sécularisation depuis plusieurs décennies. « Cela nous donne confiance, afin de ne pas désespérer de ce que nous pouvons vivre au Québec. Bien que le contexte de notre société soit très sécularisé, il y a des personnes de tous horizons qui sont en quête de sens, et qui espèrent un message de paix », poursuit-il.
Des signes également au Québec
Mgr Goudreault voit notamment dans l’intérêt de certains jeunes adultes pour les sacrements un phénomène qui mérite l’attention de l’Église québécoise. « Cela nous invite à nous émerveiller des jeunes adultes qui demandent le baptême et la confirmation, et qui souhaitent vivre leur foi », fait-il valoir.
Le phénomène observé en France ne se limite d’ailleurs pas aux foules rassemblées autour du pape. À la dernière fête de Pâques, environ 21 000 adultes ont reçu le baptême en France, un nombre record qui témoigne d’un intérêt renouvelé pour la foi catholique chez une partie de la population. Ce mouvement demeure toutefois à replacer dans une société où l’appartenance au catholicisme a fortement reculé au cours des dernières décennies.
Selon Mgr Goudreault, l’enjeu ne consiste donc pas uniquement à rejoindre ceux qui choisissent formellement de revenir vers l’Église. Il estime également nécessaire de maintenir le dialogue avec ceux qui s’interrogent sur la foi, et plus largement sur le sens à donner à leur existence. « Cela nous appelle aussi à maintenir le dialogue avec toute personne qui se pose des questions dans la droiture de sa conscience », ajoute l’évêque.
De la « fille aînée » à sa descendance québécoise
La comparaison entre la France et le Québec possède également une dimension historique. La France a longtemps été désignée comme la « fille aînée de l’Église », une expression rappelant les liens anciens entre le royaume français et l’Église catholique.
Le catholicisme québécois étant largement issu de l’évangélisation et de la présence française en Amérique du Nord, l’image d’un Québec comme « petite-fille de l’Église » peut ainsi être évoquée sur le plan symbolique, sans, toutefois constituer un titre officiel de l’Église dite universelle.
Près de quatre siècles après les débuts de l’Église en Nouvelle-France, la France et le Québec ont tous deux connu une importante sécularisation. Or, aux yeux de Mgr Goudreault, les foules observées lors de la visite de Léon XIV montrent que le recul de la pratique religieuse ne signifie pas nécessairement la disparition de la quête spirituelle.
Et si le « printemps » qu’il croit discerner en France traversait un jour l’Atlantique, Mgr Goudreault y voit surtout une raison de ne pas perdre confiance dans l’avenir de l’Église au Québec.

