La MRC de Kamouraska refuse d’ajouter 560 000 $ supplémentaires au montage financier de la piscine du Cégep de La Pocatière. Réunis en conseil, les maires ont adopté à l’unanimité une résolution confirmant que la contribution maximale demeure fixée à 1,2 million $, soit 1,7 million $ avec les intérêts sur 20 ans.
La demande additionnelle, transmise en janvier par le Cégep, visait à bonifier la participation de la MRC afin de combler l’écart financier du projet. La préfète Nancy Dubé ne remet pas en question l’importance de l’équipement. « On y croit au projet, on a avancé 1,2 million $, mais là, le 560 000 $ supplémentaire, on ne peut pas », tranche-t-elle, ajoutant qu’il est impossible d’en remettre.
« Le 1,2 M$ déjà engagé sera financé par règlement d’emprunt sur 20 ans. Cela signifie que les contribuables du Kamouraska en assumeront le remboursement, intérêts inclus. Qui va payer ? Les taxes des citoyens », rappelle-t-elle.
La simulation financière présentée lors de la conférence de presse montre qu’un emprunt de 1,2 M$ sur 20 ans à 4 % représente un coût annuel d’environ 88 300 $, réparti entre les municipalités selon un facteur combinant population, vitalité économique et distance.
« Dans un contexte où les municipalités doivent déjà entretenir arénas, quais, routes et infrastructures locales, il faut demeurer prudent. Les municipalités sont inquiètes de la capacité de payer de leurs citoyens », dit-elle, évoquant également le sous-financement du transport collectif et d’autres équipements régionaux.
Des revenus éoliens encadrés
L’un des objectifs de la sortie publique était de corriger certaines perceptions entourant les revenus éoliens. La MRC est membre de la Régie intermunicipale de l’énergie du Bas-Saint-Laurent (RIÉBSL), qui a distribué 6,7 M$ à ses membres en 2025. Sur les 670 000 $ reçus par la MRC, 70 % ont été versés aux municipalités, et 30 % — soit 201 000 $ — ont été affectés au Fonds éolien.
« Depuis 2023, on entend que la MRC a des millions dans ses coffres à cause du fonds éolien. C’est ridicule », lance Nancy Dubé, qui rappelle que ces montants sont partagés entre 209 communautés, et que « ce n’est pas de l’argent discrétionnaire qu’on peut donner à gauche et à droite ».
La Politique d’utilisation du Fonds éolien, adoptée en 2017 et révisée en 2025, encadre strictement les usages possibles, notamment pour pallier le sous-financement gouvernemental, soutenir des projets régionaux, et entretenir les infrastructures détenues par la MRC.
Tension politique
La préfète affirme aussi que les déclarations publiques des députés Bernard Généreux et Mathieu Rivest ont ajouté de la pression dans le dossier. « Nous, on veut remettre les pendules à l’heure. Certaines interventions ont laissé entendre que la MRC disposait de sommes importantes facilement mobilisables. Ils disent que la MRC reçoit des millions de dollars. Oui, on reçoit des millions, mais on est 209 communautés à se les séparer. Ce qu’ils avancent est faux », soutient Nancy Dubé .
Sans fermer la porte, la MRC conditionne toute ouverture future à un engagement clair du gouvernement. « On est ouvert à revoir notre contribution si on a un prêt sans intérêt du gouvernement, amorti sur 20 ans, jusqu’à concurrence de 1,76 M$ », conclut-elle.
D’ici là, le message est sans équivoque. « Le 1,2 million $ déjà engagé représente l’effort maximal consenti par la MRC. On est très fier de l’avoir mis. Il faudrait que les gens regardent ce qui a été fait », conclut Nancy Dubé.
Steve Gignac, le directeur général du Cégep de La Pocatière, prend acte de la décision de la MRC de Kamouraska. « Nous notons également l’ouverture de la MRC à réévaluer sa contribution de 1,2 M$ déjà consentie, selon les modalités qu’elle a évoquées dans sa réponse. Notre proposition d’ajouter 560 000 $ demeure sur la table. Nous poursuivons nos démarches, et le processus d’appel d’offres suit son cours. »
Mathieu Rivest fier de son travail
Joint à l’Assemblée nationale à Québec alors qu’il siégeait en commission parlementaire, le député de Côte-du-Sud Mathieu Rivest a réagi aux déclarations de la MRC de Kamouraska. Il affirme ne pas vouloir entrer dans ce genre de discours.
« Je fais un pas de recul, et je regarde où on était il y a un an et demi. Il n’y avait aucun partenaire dans le projet. La rénovation de la piscine stagnait. Aujourd’hui, dit-il, le portrait est tout autre. Avec les mois qu’on a vécus, c’est 1,2 million $ de la MRC, 225 000 $ d’autres contributions, 1,5 million $ ramassé dans le milieu. On est dans un narratif complètement différent. »
Dans sa voix, il n’y a pas de volonté d’en découdre, mais une insistance sur le résultat. « On a sauvé collectivement la piscine de La Pocatière. » Le député met aussi en lumière la participation du gouvernement du Québec. « Le gouvernement a investi 4,3 millions $ en plus d’autres mesures. Moi, je suis très fier du travail que j’ai réalisé dans ce dossier-là, d’avoir mobilisé tout le monde autour de cette cause. »
Mathieu Rivest insiste : il ne se sent pas en confrontation avec la MRC. « Bernard Généreux et moi, on était mobilisés pour trouver des solutions. Toutes les solutions ont été mises sur la table, discutées, échangées. Loin de moi a été la volonté de pointer qui que ce soit », dit-il, reconnaissant que le chemin n’a pas été simple.
« Ça a démarré d’une façon un peu étrange, puis on s’est mis en marche, main dans la main. J’ai accompagné le Cégep de la meilleure façon possible, j’étais à l’écoute du comité citoyen, j’ai ouvert les portes nécessaires. Je pense que moi et Bernard avons été des acteurs clés dans la réussite du dossier. »
Prêt sans intérêt ?
Quant à la suggestion d’un prêt gouvernemental sans intérêt sur 20 ans évoquée par la MRC, il préfère ne pas s’avancer. « On n’est pas dans ce scénario-là actuellement. Ça avait déjà été analysé. Moi, je continue mon travail. Attendons de voir. » En ce qui a trait aux 590 000 $ manquants, il prêche la patience. « Le Cégep est parti en appel d’offres parce qu’il a l’autorisation du Ministère pour aller voir le marché. Ça ne sert à rien de spéculer », commente-t-il, laissant entendre que le dossier pourrait évoluer. « S’ils vont en appel d’offres, c’est qu’ils ont les reins assez solides avec le financement actuel pour sauver l’infrastructure. »
Au-delà des chiffres et des échanges musclés des dernières semaines, Mathieu Rivest souhaite tourner la page sur les frictions. « Ça a été compliqué. Ça a été ardu. Il y a eu des faussetés, des éléments erronés qui ont circulé, de part et d’autre. Mais aujourd’hui, moi, je salue le travail qu’on a réalisé. Nous avons réussi. Bravo au Cégep. Il y a eu un leadership assumé par des gens de notre communauté. Plus on va mettre la politique partisane de côté, plus on va pouvoir collectivement réussir des dossiers aussi importants que celui-là. La piscine n’est pas un champ de bataille politique, c’est une victoire collective. »
Le député fédéral Bernard Généreux n’a pas souhaité commenter.
