La pêche à l’anguille, pratiquée notamment dans le Kamouraska, est tributaire de nombreux éléments, dont la météo. Une saison peut être bonne à Rivière-Ouelle, et moins à Kamouraska.
C’est ce qui a été observé l’an dernier, alors que les Pêcheries Ouellet de Kamouraska ont vécu une saison difficile à cause de la quantité inhabituelle de varech qui empêchait les filets de monter à marée haute, et donc de capturer les anguilles.
À Rivière-Ouelle, Pierre Lizotte des Pêcheries Lizotte constate aussi que la saison 2025 a été moins bonne, mais plus légèrement de son côté. « Le manque de vent en haute saison de pêche n’a pas aidé. C’est vraiment rare qu’il y ait une aussi longue séquence sans vent à Rivière-Ouelle », dit-il, ajoutant que selon lui, les changements climatiques forcent maintenant une saison plus tardive. « La température de l’eau est plus chaude en octobre, on se retrouve à pêcher plus en novembre. »
Pierre Lizotte parle d’une période, il y a quelques années, où il a plu énormément en septembre, et où la rivière Ouelle était beaucoup trop forte. « Les courants poussaient l’anguille au large. Moi, je n’avais rien, alors que c’était très bon à Kamouraska. »
Louis Potvin, conseiller en communications, et porte-parole régional à la Direction des communications du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP), confirme que la pêche a été un peu moins bonne l’an dernier.
« Les débarquements d’anguilles argentées dans la pêcherie de l’estuaire ont été légèrement inférieurs à ceux de la saison 2024, avec 11,7 tonnes métriques en 2025 comparativement à 13,5 tonnes en 2024. Toutefois, les débarquements de 2025 sont très similaires à ceux observés en 2023, soit 11,8 tonnes », dit-il, ajoutant que cette légère diminution des captures en 2025 doit être interprétée avec prudence.
« Elle est en partie attribuable à une diminution de l’effort de pêche déployé par les pêcheurs. Lorsqu’on compare plutôt les rendements de la pêcherie, soit la quantité d’anguilles capturées en kilogrammes par mètre de fascine tendu, les résultats de 2025 sont très similaires à la moyenne observée pour la période 2009-2024. »
Des variations
M. Potvin confirme qu’il est par ailleurs normal d’observer certaines variations d’une année à l’autre. « Les fascines sont des engins de pêche passifs, dont l’efficacité peut varier en fonction des conditions environnementales (vent, niveau du fleuve, etc.), influençant par le fait même le nombre d’anguilles capturées. Le succès de pêche peut donc varier d’un pêcheur à l’autre, selon les années. Certains ont connu une très bonne saison de capture en 2025, tandis que d’autres ont enregistré des captures plus faibles. »
Selon lui, bien que les débarquements totaux aient légèrement diminué en 2025 par rapport à 2024, les rendements de pêche demeurent donc comparables à la moyenne des dernières années, ce qui permet de nuancer l’interprétation d’une diminution des stocks. « Les captures enregistrées au cours de la saison 2025 demeurent cohérentes avec les tendances attendues selon les indicateurs de suivi des populations dont dispose le Ministère, soit une stabilité dans des abondances basses pour les prochaines années. »
Moins de pêcheurs
Selon le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP), en 2025, dix pêcheurs d’anguilles étaient actifs dans l’estuaire du Saint-Laurent. Ceux-ci ont exploité un total de quinze trappes fixes, pour une longueur de tenture totale de 2745 mètres, soit le niveau d’effort de pêche le plus faible jamais enregistré depuis le début du suivi de la pêcherie.
« De façon générale, l’effort de pêche déployé par les pêcheurs commerciaux est en constante diminution depuis 2009. Le nombre de fascines exploitées est ainsi passé de 25 en 2009 à 15 en 2025, tandis que la longueur totale de tenture déployée a diminué de près de la moitié, passant d’environ 6000 mètres en 2009 à 2745 mètres en 2025 », note Louis Potvin. C’est le MELCCFP qui s’occupe du suivi de la pêcherie de l’estuaire depuis 1996.
Selon ce dernier, la situation de la pêcherie d’anguilles de l’estuaire est cohérente avec la situation globale de l’espèce dont la gestion est multijuridictionnelle. « L’abondance du stock du Saint-Laurent est jugée stable, avec cependant des niveaux historiquement faibles. Bien que le Ministère n’entrevoie pas de déclin à court et moyen terme, il est normal que les captures puissent être relativement basses et varier annuellement, sans pour autant mener à un déclin. »

