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Projet de tour cellulaire à Saint-Denis : Une consultation publique houleuse sur fond d’acceptabilité sociale

Le conseil municipal appuie le projet dans sa forme actuelle. Photos : José D. Soucy

Le projet d’implantation d’une tour cellulaire de Bell à Saint-Denis-De La Bouteillerie continue de provoquer de fortes tensions au sein de la communauté. Réunis le 14 mai dernier dans une salle pratiquement pleine, lors d’une consultation publique portant sur une modification au règlement de zonage municipal, citoyens et élus ont multiplié les échanges parfois corsés au sujet de l’avenir du projet et de ses impacts sur le milieu de vie. Le tout s’est cependant fait essentiellement dans le respect.

Ainsi, pendant près de deux heures, les discussions ont porté autant sur la couverture cellulaire et l’acceptabilité sociale que sur le paysage rural, les impacts visuels, les nouvelles technologies et le processus réglementaire entourant le dossier.

D’entrée de jeu, le maire Frédéric Landry a dénoncé le climat qui entoure le dossier depuis plusieurs semaines, notamment sur les réseaux sociaux. « Quand on est rendu à faire des accusations gratuites, à l’acharnement sur les gens du conseil municipal, et à dénigrer les citoyens qui ont des opinions inverses, c’est inacceptable », a-t-il déclaré.

Bell absent

Le conseil municipal soutient avoir multiplié les rencontres avec des représentants de Bell, des intervenants gouvernementaux et différents spécialistes afin de bien comprendre les contraintes techniques du projet.

Le maire a toutefois affirmé qu’il aurait aimé que Bell soit présent lors de la rencontre du 14 mai dernier. « Malheureusement, le promoteur s’est limité au strict minimum dans ses interventions publiques. Le conseil municipal avait pourtant demandé à des représentants de Bell de venir présenter et expliquer eux-mêmes le projet aux citoyens. Les élus se retrouvent donc à devoir expliquer les démarches entreprises, et les raisons qui motivent la modification réglementaire proposée », a-t-il dit.

Une couverture cellulaire jugée déficiente

Frédéric Landry a tenu à rappeler que plusieurs secteurs de la municipalité souffrent actuellement d’une couverture cellulaire déficiente. « Ça fait des années que les citoyens et les élus demandent une meilleure couverture cellulaire », a-t-il soutenu. Selon les informations présentées durant la rencontre, le gouvernement du Québec aurait investi plusieurs millions de dollars afin d’améliorer la desserte cellulaire dans le Kamouraska. Le projet de Saint-Denis ferait partie de cette initiative gouvernementale.

Le conseil affirme que les données fournies par Bell démontrent qu’une grande partie du territoire bénéficierait d’une amélioration du service, notamment certains rangs, le village, et des secteurs de villégiature. Le maire a toutefois reconnu que les résultats exacts ne pourront être confirmés qu’une fois l’infrastructure en fonction. « Quand on va lever la switch, là, on va avoir la vraie lecture », a-t-il mentionné.

Le règlement de zonage au cœur de la controverse

Le principal point de friction concerne toutefois la modification du règlement de zonage municipal. Le règlement actuellement en vigueur impose une distance minimale de 300 mètres entre une tour de télécommunication et une résidence. Or, le site actuellement retenu par Bell ne respecte pas cette norme. Le projet de règlement soumis à consultation prévoit désormais qu’une distance minimale, correspondant à la hauteur de la tour plus 20 %, devra être respectée. Comme la tour projetée mesurerait environ 80 mètres avec le paratonnerre, la distance minimale passerait ainsi à un peu moins de 100 mètres.

Plusieurs citoyens ont ainsi accusé le conseil municipal de vouloir modifier la réglementation uniquement afin de rendre conforme le projet actuellement proposé. « On ne changerait pas le règlement si on n’avait pas un projet entre les mains », a reconnu Frédéric Landry.

Un emplacement seulement

Durant la rencontre, plusieurs citoyens ont remis en question le choix du site retenu. Des citoyens ont aussi affirmé que le projet actuel ne réglerait pas adéquatement les problèmes de couverture dans certains secteurs situés près du fleuve. Le maire a toutefois répété à plusieurs reprises que Bell refusait d’autres scénarios dans le cadre actuel du programme gouvernemental. « Le constat est sans équivoque : dans le cadre de ce projet gouvernemental, qui doit être réalisé avant le 31 décembre 2026, soit la tour se réalise à l’emplacement retenu, soit elle ne se réalise pas », a-t-il insisté.

Selon les explications fournies par le conseil, le projet doit respecter plusieurs contraintes techniques et gouvernementales, notamment l’obligation de ne pas entrer en compétition avec des infrastructures déjà existantes appartenant à d’autres fournisseurs. Le conseil municipal affirme également que sans investissement public, un projet de cette ampleur aurait peu de chances de voir le jour dans une municipalité rurale comme Saint-Denis. Même après ces explications, quelques personnes ne s’estimaient pas convaincues. « C’est un paquet de menteries », a affirmé un citoyen au Placoteux.

Paysage rural et patrimoine

L’impact visuel de la future infrastructure est revenu constamment dans les discussions. Le maire reconnaît lui-même que la tour sera très visible dans le paysage. Plusieurs citoyens ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une atteinte au caractère rural et patrimonial de la municipalité. « Les gens viennent ici pour voir des champs, des granges, des paysages, pas une tour de 80 mètres », a lancé un intervenant. Certains participants ont également remis en question les retombées économiques promises par le projet, estimant que l’image du village et son attrait touristique risquent davantage d’en souffrir.

Des citoyens favorables au projet

Malgré les critiques, plusieurs citoyens ont aussi pris la parole pour défendre le projet. Certains ont comparé la situation à l’arrivée des lignes électriques et téléphoniques dans les campagnes québécoises il y a plusieurs décennies. « On ne peut pas empêcher le développement », a résumé sous les applaudissements un citoyen favorable à l’infrastructure.

D’autres ont aussi souligné les avantages possibles pour l’agriculture, les communications d’urgence, et certains équipements technologiques nécessitant une meilleure connectivité.

Possibilité de référendum

Le conseil municipal a finalement rappelé que le processus réglementaire n’était pas terminé, et qu’un mécanisme d’approbation référendaire pourrait être déclenché si suffisamment de citoyens le demandent. Les résidents disposeront d’une période de huit jours pour déposer une demande officielle après l’adoption éventuelle du second projet de règlement.

« Je comprends les inquiétudes exprimées par certains citoyens, notamment quant à l’impact visuel d’une telle structure. Le conseil estime néanmoins que l’accès à des services de communication modernes est essentiel à la sécurité, à la vitalité et à l’attractivité de Saint-Denis-De La Bouteillerie. Notre rôle, comme élus, est de prendre les décisions dans l’intérêt de l’ensemble de la communauté », a conclu Frédéric Landry.

Près de 80 personnes étaient présentes lors de la rencontre.