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Projet IMPACT : Pour que « je me souvienne »

La vie de Tommy Pelletier a été chamboulée parce qu’il n’a pas écouté les signes de fatigue.

L’auditorium de l’ITA à La Pocatière est plein. Des adolescents. Tous étudiants au secondaire. Pourtant, on pourrait entendre une mouche voler. Sur la scène, un jeune homme en fauteuil roulant. Il y a quelques années à peine, il était l’un d’eux. Le 7 novembre 2017, au volant, il a ignoré les signes de la fatigue. Son véhicule a quitté la route. Il a été éjecté. À 26 ans, sa vie a basculé.

« J’avais une vie sociale remplie, avec plein d’amis, des chums de hockey, de baseball aussi », raconte Tommy Pelletier, 35 ans. Il vivait son rêve d’être entrepreneur en construction avec son frère. De son propre aveu, il était un peu workaholic.  « Ce jour-là, je rentrais chez moi après avoir travaillé sur un gros chantier. Même si j’étais très fatigué, j’ai décidé tout de même d’aller au bureau pour prendre de l’avance sur le lendemain. » Cette décision, le jeune homme la regrette encore.

« J’ai passé devant ma résidence, je ne me suis pas arrêté. En revenant, j’ai raté une courbe. J’étais fatigué, pas attaché, j’allais probablement trop vite aussi. J’ai été éjecté ». Toutes ses côtes se sont cassées. Plusieurs de ses organes vitaux ont été atteints. À l’hôpital de Québec, où il a été transféré, sa condition est critique. Les médecins ont pu le sauver, mais sa moelle épinière a été touchée. Ses jambes ne fonctionneront plus. Il sera confiné à un fauteuil roulant pour le reste de sa vie. « Quand le médecin m’a dit ça, j’étais certain que j’allais pouvoir marcher à nouveau avec de la volonté. Mais ça ne fonctionne pas toujours comme ça. »

Dans la salle, les regards sont graves. Le silence est lourd. « Lorsque je me suis réveillé, j’ai repris conscience petit à petit, mais j’étais confus. » Parce que son cerveau aussi avait été affecté. Il a entre autres encore de la difficulté à se concentrer, à écouter un simple film.

Puis, vient la longue réadaptation au Centre François-Charron de Québec. Tommy doit réapprendre à se laver, à se raser, à manger, à écrire, à faire de petites choses du quotidien, importantes, mais qui auparavant lui paraissaient faciles, banales. Durant quatre longs mois, il vit d’espoir. « Je pense à ma famille, à mes chums de hockey que je pourrai revoir. Ça m’encourage. »

Une réalité différente

De retour chez lui, il est confronté à la dure réalité, « Ma maison avait trois étages. C’est impossible avec un fauteuil roulant. Il a fallu tout réaménager pour que je puisse vivre sur un étage, où je suis confiné. »  Et même s’il est à la maison, avec sa famille, dans ses affaires, rien n’est pareil.

« À l’hôpital, lorsqu’il arrivait un pépin, il y avait toujours quelqu’un qui pouvait m’aider. À la maison, je suis souvent seul. Aussi, je m’attendais à avoir plus de visites de mes chums. Je suis de retour. Dans ma tête, ma gang n’a pas changé. Mais ils ne viennent pas. Personne. C’est peut-être la gêne, le fait de ne pas savoir comment aborder la situation, mais personne ne vient. Lorsque je les invite, ils trouvent des raisons. » Et chaque matin, lorsqu’il se lève, ses jambes sont là, mais elles ne fonctionnent plus. Et la douleur y est toujours. Constante. Intense.

« La vie a décidé de m’arrêter. Moi, je ne voulais pas, je n’en voyais pas la nécessité. Je voulais toujours faire plus d’heures au travail. Le 7 novembre 2017, j’ai pris une série de mauvaises décisions. Je n’ai pas écouté ma fatigue, je conduisais trop vite, je n’étais pas attaché. Tout a changé en quelques secondes. »

À l’aube de la présentation de leur bal des finissants, Tommy Pelletier a donné aux jeunes de la matière à réfléchir sur la manière dont ils veulent vivre l’événement, pour qu’ils s’en souviennent toute leur vie, mais positivement.

Les jeunes ont visiblement été touchés par l’histoire de Tommy Pelletier. Photo : Marc Larouche