Un citoyen de La Pocatière — qui désire demeurer anonyme — a été la cible d’une tentative d’extorsion par courriel. Il a voulu raconter comment les fraudeurs manipulent leurs victimes, afin de prévenir que d’autres se fassent arnaquer. Son témoignage survient en plein mois de la prévention de la fraude au Canada.
En décembre, celui que nous appellerons Pierre a commencé à recevoir une série de courriels inquiétants. Les messages provenaient apparemment d’une femme qu’il connaissait, et qui affirmait être atteinte d’un cancer en phase terminale. Les échanges sont rapidement devenus de plus en plus pressants. Derrière cette histoire dramatique se cachait en réalité une fraude bien orchestrée.
Tout commence lorsqu’il consulte une adresse courriel qu’il utilise rarement. « Quand je suis allé voir mes messages, il y en avait trois ou quatre qui semblaient urgents », explique-t-il. L’expéditrice lui est familière. « C’est quelqu’un que je connais. On se parlait à l’occasion lors d’activités sociales, mais ce n’était pas une amie proche. »
Les messages prennent rapidement un ton alarmant. La femme affirme être hospitalisée dans une clinique privée, et incapable de communiquer autrement que par sa tablette. « Elle me disait qu’elle était en train de mourir d’un cancer, qu’elle était suivie par des oncologues, et qu’elle avait besoin de me parler de choses très confidentielles », raconte Pierre.
Le fraudeur insiste également sur la discrétion. « On me demandait de n’en parler à personne, que c’était très délicat, dit-il. C’est là qu’on voit la manipulation psychologique. On crée un sentiment d’urgence, et on joue beaucoup sur l’émotion. »
Troublé par la situation, il décide de téléphoner directement chez la personne concernée. Il apprend alors qu’elle est en parfaite santé. « Son mari m’a répondu, et il m’a dit que je n’étais pas le seul à avoir reçu ces messages », explique-t-il.
À partir de ce moment, il comprend qu’il s’agit d’une arnaque, mais continue à suivre l’évolution des courriels pour observer la stratégie utilisée. « Les messages deviennent de plus en plus dramatiques. On me disait : “Ton silence m’étonne et me fait peur”.
Demande d’argent
La fraude franchit ensuite une nouvelle étape lorsque vient la demande d’argent. Le fraudeur lui suggère d’acheter plusieurs cartes-cadeaux dans des commerces de la région, et de lui transmettre les informations.
Pierre n’a jamais envoyé d’argent. Il a plutôt conservé l’ensemble des courriels datés de décembre jusqu’à aujourd’hui. Selon lui, l’exemple concret est souvent plus parlant que les avertissements généraux. « On entend dire qu’il y a des arnaques, mais on ne voit jamais exactement comment elles se présentent. Là, on peut suivre toute la progression : le premier message, la maladie, l’urgence, puis la demande d’argent. »
Il a signalé la situation aux policiers, qui l’ont dirigé vers les ressources fédérales pour les signalements de fraude. Entre-temps, les messages continuent d’arriver. Son principal conseil demeure simple : vérifier immédiatement lorsque quelqu’un demande de l’aide de façon inhabituelle. « Si vous recevez un message dramatique comme ça, même si vous semblez connaître la personne, prenez le téléphone et appelez-la directement. Souvent, vous allez découvrir que c’est complètement faux. »
Pour Pierre, partager son expérience peut éviter à d’autres de tomber dans le piège. « Quand on lit ces messages, ça joue sur les émotions. On se dit : si c’est vrai, il faut agir vite. C’est exactement ce que les fraudeurs veulent. »
