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Sommes-nous bien représentés ?

Photo : Courtoisie

Au lendemain d’une élection générale où seulement 67 % des électeurs ont voté, où cinq partis se sont partagé les votes, où le parti gagnant — qui formera un gouvernement minoritaire — n’a obtenu que 28 % des votes, où l’écart entre le nombre votes et le nombre de députés varie considérablement d’un parti à l’autre en raison de notre mode de scrutin, où les députés élus représentent leur parti avant leur communauté territoriale, on peut légitimement se demander si nous sommes bien représentés, et si nos institutions sont vraiment démocratiques.

Le mode de scrutin

Comme après chaque élection, des voix vont s’élever plus que jamais pour dénoncer un mode de scrutin qui produit d’énormes distorsions entre le pourcentage de votes et le pourcentage de députés que les partis ont recueillis :

– le PQ obtient 46 % des députés (59) avec 28 % du vote ;

– les LIBÉRAUX obtiennent 31 % des députés (40) avec 24 % du vote ;

– les CONSERVATEURS obtiennent 15 % des députés (19), avec 21 % du vote ;

– QS obtient 7 % des députés (9) avec 13 % du vote.

– la CAQ obtient 0 % des députés avec 12 % du vote ;

Avec un scrutin proportionnel, qui comptabilise les votes individuels, mais tient peu compte de leur concentration territoriale, le PQ aurait obtenu 35 députés au lieu de 59 ; les LIBÉRAUX, 30 députés au lieu de 40 ; les CONSERVATEURS, 26 députés au lieu de 19 ; QS, 16 députés au lieu de 9 ; la CAQ, 15 députés au lieu de 0.

On se retrouverait donc avec une Assemblée nationale encore plus divisée et paralysée. L’avantage du mode de scrutin actuel, c’est qu’il génère des gouvernements majoritaires, donc plus stables. Et le désavantage du mode de scrutin proportionnel, c’est qu’il ne tient pas compte des communautés territoriales, ce qui, dans un pays vaste, peu peuplé et multiethnique comme le Québec, est un problème.

C’est pourquoi René Lévesque avait proposé un mode de scrutin proportionnel régional qui a été écarté par Parizeau et le conseil des ministres, bien qu’il ait été approuvé par le caucus du parti.

Le problème, c’est les partis !

Ce qu’on ne veut pas voir, c’est que la plus grande distorsion de la représentation du peuple vient du rôle que jouent les partis politiques dans le processus électoral. On élit des partis, pas nos représentants. Les candidats sont d’abord les candidats d’un parti, liés par la ligne du parti. On n’élit même pas notre premier ministre : c’est le parti majoritaire qui le désigne. En un mot, les partis politiques ont usurpé la représentation du peuple.

Les partis suivent les sondages pour gagner le pouvoir. Ils nous promettent ce que nous demandons. Et nous demandons ce que nous propose notre société de consommation. Pas nécessairement nos vraies priorités, comme la réforme de nos institutions démocratiques, la dégradation du climat et de l’environnement, la décentralisation du pouvoir dans les régions, la participation des citoyens aux décisions, une agriculture qui nous nourrit sainement, une véritable solidarité sociale, le pouvoir des riches de nous détruire. C’est la démocratie de consommation.

Et comme le désabusement pousse vers la droite, le Québec tire vers la droite : contre l’État, contre la solidarité sociale, contre l’environnement, contre un référendum.

Il faudrait un scrutin qui permet d’élire les représentants du peuple sans cette mainmise des partis, comme ça se fait presque partout dans les élections municipales et au Nunavik. Chaque communauté désigne ses candidats et élit ses représentants, et ce sont eux qui choisissent leurs ministres.