Publicité

Traverse Rivière-du-Loup–Saint-Siméon : Demande d’enquête déposée à la vérificatrice générale

Cette action survient alors que la Traverse Rivière-du-Loup–Saint-Siméon vient d’entamer sa 63e saison. Photo : Page Facebook Traverse Rivière-du-Loup–Saint-Siméon

La Ville de Rivière-du-Loup et la Chambre de commerce de la MRC de Rivière-du-Loup (CCMRCRDL) demandent officiellement l’ouverture d’une enquête sur la gestion du projet de relocalisation de la traverse vers Cacouna, invoquant des préoccupations majeures quant à l’utilisation des fonds publics et à la transparence du processus.

Dans une longue lettre transmise à la vérificatrice générale du Québec, les deux signataires, le maire de Rivière-du-Loup Mario Bastille, et la directrice générale de la CCMRCRDL Claudette Migneault affirment vouloir « permettre l’examen indépendant de la gestion défaillante et de l’utilisation inappropriée des fonds publics entourant ce projet piloté par la Société des traversiers du Québec (STQ) et la Société québécoise des infrastructures (SQI) ».

Ils précisent que leur démarche ne vise pas à remettre en question la décision politique elle-même, mais bien à faire la lumière sur la gestion administrative et financière du dossier.

Quatre motifs invoqués

Les signataires identifient quatre éléments principaux pour justifier une enquête : une planification jugée défaillante, une opacité décisionnelle, des préoccupations liées à un contrat faisant l’objet d’une enquête, ainsi qu’un historique de problèmes de performance et de gouvernance au sein de la STQ. La lettre évoque notamment des « incohérences budgétaires », et des « analyses maintenues confidentielles » qui soulèvent des doutes quant à la rigueur du processus.

Parmi les exemples cités, le projet d’installations temporaires à Cacouna, évalué à 34 millions $, est présenté comme révélateur. « Cette option a finalement été abandonnée, après avoir été justifiée par la fin de vie utile du navire NM Trans Saint-Laurent, une position que le gouvernement a ensuite revue. »

Selon les auteurs, des données techniques démontrent pourtant que des solutions viables existent sur le site actuel, notamment avec un navire certifié jusqu’en 2031, et un plan de dragage assurant l’accès au quai jusqu’en 2033. « D’autres options, moins coûteuses et mieux alignées sur les besoins régionaux, étaient non seulement réalistes, mais préférables », lit-on.

Un manque de transparence dénoncé

La Ville et la Chambre de commerce dénoncent également « l’opacité persistante » entourant les études ayant mené à la décision de relocalisation. « Malgré plusieurs demandes d’accès à l’information, les documents obtenus ont été lourdement caviardés, empêchant toute analyse indépendante », dit la missive. Les signataires soutiennent que cette absence de transparence empêche les acteurs du milieu de jouer pleinement leur rôle, et nuit à la confiance du public. Ils rappellent aussi que les pertes économiques liées à un éventuel transfert de la traverse sont estimées à au moins 226 millions $ sur 20 ans pour la région.

La lettre souligne par ailleurs qu’une enquête de l’Autorité des marchés publics est en cours concernant un contrat de gré à gré accordé pour des travaux à Cacouna. Bien que cette vérification porte sur le respect des règles contractuelles, elle soulève, selon les auteurs, « de sérieuses préoccupations quant à l’utilisation des fonds publics » dans un projet dont la justification demeure floue. Ils estiment que le contexte actuel limite la capacité des acteurs locaux à se faire entendre dans un dossier aux impacts économiques et territoriaux importants.

Des enjeux récurrents de gouvernance

Enfin, la lettre rappelle que des lacunes avaient déjà été soulevées dans un rapport antérieur de la vérificatrice générale, notamment en matière de vision, d’analyses et de suivi contractuel. Plus de dix ans plus tard, les signataires affirment constater la persistance de ces problèmes, évoquant une « rigueur administrative déficiente », et des enjeux qui semblent désormais « systémiques ».

Dans ce contexte, la Ville de Rivière-du-Loup et la Chambre de commerce demandent à la vérificatrice générale de vérifier l’utilisation des fonds publics, d’en évaluer l’efficience, et de déterminer si les décisions ont été prises sur la base d’analyses rigoureuses. Elles concluent en soulignant que « l’absence de reddition de comptes et le cumul des zones d’ombre » rendent nécessaire une intervention indépendante afin d’assurer une saine gestion des ressources publiques, peut-on lire dans la lettre.