Publicité

Une saison des sucres sous pression, retardée et fragilisée

Les changements climatiques ont un effet direct sur la saison des sucres. Photo : Facebook Érablière Nathalie Lemieux

La saison des sucres 2026 s’est amorcée avec retard et incertitude au Bas-Saint-Laurent, dans un contexte où les producteurs doivent composer avec une météo imprévisible, et des conditions loin d’être idéales pour l’écoulement de la sève.

« Normalement, on parle d’une saison entre le 20 mars et le 27 avril. Au 7 avril [moment de l’entrevue], on n’a pratiquement aucune coulée de faite. C’est sûr qu’il y a un retard », note Nathalie Lemieux, présidente de l’Union des producteurs agricoles du Bas-Saint-Laurent et propriétaire d’une érablière. Ce décalage s’explique par des températures trop froides, et surtout instables. « Aujourd’hui, c’est encore trop froid, mais si les conditions s’améliorent, ça peut faire une différence rapidement », résume-t-elle.

La production acéricole repose sur un équilibre précis entre gel la nuit et dégel le jour. « Ça prend des journées autour de quatre ou cinq degrés, pas des quinze degrés. Et là, ce qu’on vit, ce sont des écarts de température beaucoup plus grands », souligne-t-elle, ajoutant que l’on ne sait pas vraiment encore précisément comment s’adapter. Mme Lemieux parle peut-être de saisons plus longues, qui débuteraient plus tôt et pourraient se terminer plus tard. Des travaux de recherche sont en cours pour mieux comprendre ces phénomènes. « Des étudiants de l’Université Laval travaillent là-dessus. Ils essaient d’évaluer comment on va pouvoir s’adapter », précise-t-elle.

Météo extrême

Outre le simple retard, ce sont aussi les événements météorologiques extrêmes qui viennent fragiliser les érablières. « On l’a vécu cette année avec une grosse tempête de vent. Il y a eu beaucoup de branches qui sont tombées, raconte Nathalie Lemieux. On avait des journées où les érables coulaient, mais il n’y avait pas de vacuum parce qu’il y avait des bris. Ça a un impact direct sur la production. »

Cette réalité illustre bien la vulnérabilité du secteur agricole face aux conditions climatiques, une préoccupation également soulevée dans les instances de l’Union des producteurs agricoles (UPA). Dans un communiqué régional, l’organisation rappelait que les producteurs sont « aux premières loges des changements climatiques », et subissent déjà leurs effets concrets sur le terrain.

Dans ce contexte, la saison des sucres devient de plus en plus imprévisible, tant sur le plan du calendrier que des rendements. Cette incertitude s’ajoute à une pression économique déjà importante sur les entreprises agricoles. Le secteur doit composer avec des coûts croissants, et un environnement d’affaires jugé de plus en plus difficile.

Dans son analyse du budget 2026-2027, l’UPA rappelait d’ailleurs que les mesures annoncées étaient « en deçà des besoins et des attentes du secteur », une situation qui ne facilite pas l’adaptation à ces nouvelles réalités climatiques qui, année après année, redéfinissent la saison des sucres telle qu’on la connaissait.