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De Tadoussac à Pessamit : les Premières Nations et nous

Photo : Jon Flobrant, Unsplash

Récemment, la communauté innue de Pessamit (3000 personnes) a refusé, lors d’un référendum jugé précipité, les compensations d’un total de six milliards de dollars sur 50 ans que lui proposaient Hydro-Québec et le gouvernement du Québec pour les dommages et la perte d’usage de leur territoire traditionnel (le Nitassinan) qu’a entraînés la construction de 13 centrales électriques, de 16 barrages majeurs (donc ceux de Manicouagan), ainsi que des futures installations liées au développement de Churchill Falls, en échange d’une renonciation à toute nouvelle poursuite. Comment résoudre ces conflits d’usage du territoire que nous partageons avec les Premières Nations ?

Les Indiens

L’histoire de nos relations avec les Premières Nations est assez différente de ce que les religieux nous ont enseigné à l’école. Elle débute le 27 mai 1603, à Tadoussac. Champlain, en chemin vers Québec, s’invite à la Grande Tabagie qui réunit les nations algonquiennes de la vallée du Saint-Laurent, des rivières du Nord et de la région des Grands Lacs. Le grand chef Anadabijou garantit aux Français ce jour-là un accès à leurs territoires de chasse et à leurs plans d’eau, en échange d’un soutien militaire contre les Iroquois associés aux Britanniques de la Nouvelle-Angleterre. L’arquebuse de Champlain fera tout un effet lors du premier combat au lac Champlain. Cette alliance franco-indienne au cœur de l’Amérique durera jusqu’à la conquête britannique des Plaines d’Abraham.

Les sauvages

Mais cette alliance, scellée par la Grande Paix de Montréal en 1701, n’allait pas résister aux Britanniques qui convoitaient les terres, les forêts et les mines des « sauvages ». Pour eux, « un bon Indien est un Indien mort ». L’objectif était de les assimiler, comme ce sera le cas pour les Canadiens français. Après la Confédération, ce plan fut mis en marche avec l’Acte des sauvages, rebaptisé Loi sur les Indiens en 1876, qui crée le système de réserves. Plus tard, les pensionnats indiens pousseront encore plus loin cette politique de génocide culturel à laquelle nous avons été associés, bon gré mal gré, par les politiciens et les religieux. Ce système est toujours en place.

Les Premières Nations

Dès son arrivée au pouvoir, René Lévesque a fait adopter un texte qui reconnaît légalement les onze Premières Nations habitant sur le territoire québécois comme des nations autonomes ayant droit à leur culture, à leurs territoires et à leur autodétermination, et impose au gouvernement québécois de traiter avec elles de nation à nations. Depuis, nous tentons de part et d’autre de négocier les modèles souhaitables de cohabitation politique, et de partage des usages du territoire que nous habitons en commun. Cela doit se faire en reconnaissant, de part et d’autre, que nous ne sommes plus en 1603 : la réalité des Québécois et celle des Premières Nations ont beaucoup changé, et il faut en tenir compte.

Une chose est sûre. Le Québec ne peut considérer les Premières Nations comme un simple groupe ethnique du Québec. Le ministre Jolin-Barrette se l’est fait durement reprocher lors de la présentation de son projet de constitution. Même si elles ne totalisent qu’environ 130 000 personnes, ce sont les nations premières, et leurs territoires ancestraux représentent toujours l’espace indispensable à leur mode de vie encore partiellement nomade et à leur autonomie.

La Convention de la Baie-James (1975) et la Paix des Braves (2002) conclues avec les Cris, les Inuits et les Naskapis représentent un premier modèle appréciable de cohabitation, de partenariat et de partage des usages du territoire. Un État plurinational serait sans doute trop asymétrique. L’idéal serait peut-être la création d’un Conseil politique permanent Québec-Premières Nations pour gérer et négocier en continu nos rapports de nation à nations.