L’Union paysanne (2001) et Jean-Martin Fortier (Le Jardinier-maraîcher, 2012) ont donné le goût à des centaines de jeunes de devenir agriculteurs et maraîchers de proximité. Des centaines de petites fermes et de marchés publics offrent maintenant à leur communauté des aliments frais et de qualité supérieure.
Le problème, c’est qu’ils tirent souvent le diable par la queue, et sont souvent forcés d’abandonner. Leur salaire réel tourne autour de 5 $ l’heure. Pourquoi ?
Marginalisés par le MAPAQ et l’UPA
L’agriculture moderne ne peut survivre sans une aide substantielle de l’État. C’est un besoin essentiel : nourrir une population qui ne cesse de croître et de subir la compétition étrangère.
À partir des années cinquante, les agriculteurs québécois ont été forcés de se moderniser, pour nourrir les villes. Ils ont alors mis en place progressivement, avec l’État, un ensemble d’outils collectifs pour leur garantir un revenu décent tout en fournissant les nouveaux marchés : les coopératives, les plans conjoints de mise en marché collective, la gestion de l’offre, la Régie des marchés agricoles, la Commission de protection du territoire agricole, le monopole syndical, l’ASRA (Assurance stabilisation du revenu agricole) et autres assurances, la Financière agricole, le Règlement sur les pratiques agroenvironnementales (RPAE), les institutions de formation et de recherche, etc.
Malheureusement, ces protections ont souvent contribué à la concentration des fermes et des marchés (libre-échange), de sorte qu’elles ne peuvent profiter aux petits maraîchers de proximité. Ceux-ci n’ont pas accès aux marchés, aux quotas, aux terres, à l’ASRA, ni à la plupart des autres programmes de soutien financier ou à une représentation syndicale adaptée à leurs besoins, parce qu’ils ne satisfont pas aux normes établies par l’agriculture industrielle, modèle soutenu inconditionnellement — quoiqu’on dise — par le gouvernement et le syndicat agricole unique. Il ne faut surtout pas croire les publicités « pastorales » qu’on voit à la télévision. Le soutien qui est offert aux producteurs paysans est dérisoire, par exemple en comparaison des centaines de millions versés par l’ASRA aux gros producteurs-exportateurs de porcs.
Pour une politique vigoureuse d’agriculture de proximité
Ce dont ces petits producteurs — et nous tous — avons besoin, c’est d’une véritable politique d’agriculture de proximité, une agriculture pour nous. Nous sommes présentement dépossédés de notre agriculture au profit des grands cartels et de l’exportation. Notre autonomie alimentaire réelle est passée de 80 % à 30 % en 40 ans. Même la gestion de l’offre dans le lait, le poulet et les œufs tend à concentrer la production et les fermes au maximum. Nous sommes esclaves des grandes chaînes de supermarchés et de leurs fournisseurs, étrangers le plus souvent.
Il faut des politiques et des outils concrets pour redéployer notre agriculture sur tout le territoire, et la remettre au service de l’alimentation saine et accessible des communautés. Cette politique doit s’inscrire dans une politique d’autonomie alimentaire, et s’étendre jusqu’au niveau des MRC et des municipalités. Or, aucun parti politique n’a de vision sérieuse à ce chapitre. Ils sont tous à la remorque du syndicat unique.
Cela ne pourra se faire sans une action collective. Les producteurs-paysans doivent s’unir pour mener ce combat, et nous devons les appuyer, car nous sommes directement concernés. Mais en ont-ils le temps et les moyens ?
Et si l’Union paysanne était plus nécessaire que jamais ?
