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Le printemps en circulaire

Image générée par l’Intelligence artificielle

D’habitude, en février, je ne me pose pas de questions existentielles. Je suis dans le Sud, quelque part entre un palmier et un pas pire café, à me demander si je mets de la crème solaire 30, ou si je vis dangereusement avec de la 15.

Mais cette année, mon contrat a parlé. Et quand un contrat parle, on n’a pas le choix d’abdiquer. J’ai épuisé ma banque de vacances. Excès de vitamine D, abus de bonheur. Résultat : je dois rester ici jusqu’en avril. J’ai bien pensé manifester haut et fort cette épouvantable injustice, mais je me vois mal, pancarte à la main, tout fin seul à la porte du journal, à regarder les gars de TVCK fumer pendant que je crie dans la plus grande indifférence que le Mexique me réclame. Faque la croisière s’amusera plus tard. Je vous en reparlerai.

Reste que pendant qu’on est dans la neige jusqu’aux genoux, il y a des signes que le printemps existe encore, et qu’il s’en vient. Qu’il n’a pas été annulé, reporté ou déplacé en raison d’un décret quelconque. Et je les ai trouvés. Pas dans le ciel ni dans la météo. Dans les circulaires !

Oui, les commerces commencent à verdir leurs circulaires. Pas beaucoup. C’est encore un petit vert timide de lendemain de veille tranquille. Un vert qui s’excuse presque d’exister. Mais quand même. De toutes petites plantes font leur entrée, discrètes, modestes, presque gênées. On ne sort pas encore les fleurs dehors, mais on commence à parler de ventes de fin de saison. Lire : fin de la saison du frette. Tu sais, quand une souffleuse se retrouve soudainement en liquidation, c’est qu’il y a de l’espoir.

Et ça me rassure. Parce que pendant qu’on est encore pognés dans l’hiver, avec l’actualité qui fait des pirouettes, le cycle des saisons, lui, continue. Malgré Trump et les autres malheurs de la société. D’ailleurs, pendant que j’écris ces lignes avec une toile géante d’une plage de Cayo Largo devant moi, j’apprends qu’Air Canada annule tous ses vols pour Cuba pour le reste de la saison. Pénurie d’essence. Ce cher Trump empêche les importations d’essence du Venezuela vers Cuba. Résultat : impossible de se ravitailler sur place. Et s’il n’y a plus de gaz pour Air Canada, j’imagine que pour les autres compagnies ce sera la même chose. Déjà qu’ils vivent du tourisme, les pauvres, et n’ont à peu près rien ; ce sera certainement catastrophique pour eux.

D’ailleurs, au sujet de Trump, quelqu’un a dit récemment à la télé, question de nous calmer le pompon : « On a vécu avant Trump, et on va continuer de vivre après lui. » C’est sans doute la plus belle analyse politique que j’ai entendue depuis longtemps. Simple. Efficace. Pis quand il va (devrait) partir, dans deux ans, je rangerai ma plume. Alors, cela sera certainement bon.

Mais je m’égare. Au moins, Trump ne causera pas l’annulation du printemps. Quoi qu’avec lui, on ne sait jamais… Revenons à nos circulaires.

Vous savez, quand les décorations d’Halloween sortent après la rentrée des classes, et que celles de Noël sortent dans les commerces au lendemain de l’Halloween, et qu’au début août on nous agace avec la rentrée des classes ? Ça, ça me tape royalement sur les nerfs. Profondément. Mais là, pour sentir un peu de printemps hâtif, je suis prêt à faire une exception. Une petite. Peut-être aurais-je des ancêtres marmottes ?

La dernière fois que j’ai essayé de voir mon ombre, je me suis donné un torticolis. Oui, je sais, j’aurais pu simplement me tourner et regarder mon ombre en avant. Mais ça aurait été comme tricher. Je ne me souviens d’ailleurs plus si la marmotte a vu son ombre ou non. Je crois même que les deux marmottes se sont contredites. Une disait printemps hâtif, l’autre disait retourne te coucher.

Soyons optimistes. Il y aura un printemps. Si vous en doutez encore, regardez les circulaires. C’est là que tout commence, une petite fleur à la fois.