Don Quichotte s’imaginait que les moulins à vent étaient des géants malveillants qu’il fallait combattre à tout prix. L’armée d’éoliennes géantes qu’Hydro-Québec a décidé de déployer dans nos campagnes, par contre, est bien réelle.
Une armée de moulins à vent géants
Pour nous libérer du pétrole polluant, alimenter nos usines, nos centres de données numériques, nos robots, nos autos et nos transports, notre confort domestique, Hydro-Québec a calculé qu’il lui fallait doubler sa production actuelle d’électricité propre (165 terawatts) — un investissement de 100 milliards —, prioritairement par le développement éolien (10 000 MW) d’ici dix ans, dont plus ou moins 2000 MW dans le sud du Québec, 3000 MW au Lac-Saint-Jean et en Mauricie, 1000 MW sur la Côte-Nord, et 3500 MW dans l’Est-du-Québec (1000 dans le Kamouraska). Il s’agit de mégaéoliennes d’une capacité de 6 MW chacune, et d’une hauteur de plus de 200 mètres. De quoi inquiéter Don Quichotte !
Pour limiter les coûts de raccordement, elles sont établies le plus souvent sur des terres privées le long des lignes de transmission, généralement près ou dans des territoires habités. Au Kamouraska, heureusement, le schéma d’aménagement interdit les éoliennes dans le corridor habité le long du fleuve.
Plutôt que de construire ses parcs éoliens elle-même, comme pour ses barrages, Hydro a choisi de les sous-contracter à l’entreprise privée, en partenariat avec les municipalités et les Premières Nations, selon le modèle initié chez nous avec succès par le préfet de la MRC de Rivière-du-Loup, Michel Lagacé (Alliance de l’énergie de l’Est).
Qui va en profiter ?
Hydro-Québec estime que ce développement est nécessaire pour développer et décarboner notre économie et notre mode de vie.
Les promoteurs privés, les municipalités, les Premières Nations, et les propriétaires privés prêts à accueillir une ou plusieurs tours y voient une source intéressante de revenus, puisque les emprunts requis sont garantis par l’engagement d’Hydro-Québec à acheter l’électricité produite au prix convenu suite à des appels d’offres compétitifs. Les prêteurs sont au rendez-vous pour des contrats de 30 ans à des taux intéressants. Les rendements nets sont alléchants pour les promoteurs.
À titre d’exemple, Michel Lagacé, président de l’Alliance de l’énergie de l’Est, précise que pour les parcs éoliens gagnés dans l’appel d’offres de 2013 auquel a participé l’Alliance, les emprunts liés à la mise de fonds initiale ont été d’environ 100 millions, et qu’au cours des huit dernières années, déjà 100 millions net (près de 7 millions au Kamouraska) ont pu être versés aux municipalités et à la Nation Malécite. Pour la prochaine vague, liée aux appels d’offres 2021 et 2023, l’emprunt de l’Alliance pourrait être d’environ 300 millions de dollars. L’Alliance privilégie le développement des parcs éoliens sur les terres publiques.
D’autres citoyens sont beaucoup plus inquiets des impacts de ces moulins à vent géants sur les paysages, l’environnement, la faune, les terres agricoles, la forêt, le bruit, la paix sociale, la ruralité, la santé. Ils dénoncent les manipulations des promoteurs pour imposer leurs projets. Ils y voient également une privatisation déguisée d’Hydro-Québec, et une fuite en avant aveugle, irréfléchie et mal planifiée dans la production d’électricité. Bref, un déficit d’acceptation sociale.
Beaucoup de ces impacts négatifs sont aggravés par le modèle d’appel d’offres au privé retenu par Hydro-Québec. Le profit avant tout. Mais il demeure que notre mode de vie et la dépense d’énergie qu’il entraîne ont un coût ! Et aucune source d’énergie n’est totalement propre ! Le choix n’est pas simple, mais il va falloir choisir…

