J’ai la gorge nouée, un poing dans l’estomac, des fourmillements dans la tête. Je n’ai jamais été aussi stressé de ma vie. Nous sommes le lundi 13 octobre 1986. Il est presque 10 h. Dans quelques secondes, j’ouvrirai le micro de CIHO-MF dans Charlevoix. Mes premiers mots ? « Maman, je passe à la radio ! » Il y a 40 ans, j’entreprenais ma carrière en communications. Bonne fête à moi !
À vrai dire, je ne sais pas si c’est moi qui ai trouvé ce métier, ou si c’est le contraire. Adolescent, je ne savais pas trop quoi faire d’autre de ma vie qu’aller à l’arcade. Pour tout conseil, l’orienteur de l’école m’avait dit que je ne semblais pas avoir trop de difficulté à m’exprimer. Autrement dit, j’avais une grande gueule.
J’avais un oncle fonctionnaire. Ma mère n’avait de cesse de dire qu’il était chanceux, avait plein d’avantages sociaux et une pension à vie. Un jour, je lui avais demandé lequel était le mieux entre travailler au privé ou au public. « Au public, voyons ! » Ceci expliquant probablement cela, ma carrière publique serait le résultat d’une mauvaise interprétation. Qu’importe. Puisque je ne savais pas quoi faire…
Un DEC en Sciences humaines option communications au Cégep Limoilou et plusieurs pièces de théâtre plus tard, me voilà sur les bancs de l’Université Laval, en journalisme, théâtre et cinéma. Trois mineures pour le jeune majeur que j’étais. Mais je n’aime pas l’université et je décroche. Je reviens dans mon patelin, et deviens DJ un peu partout, dont au Manoir Richelieu. Je dois dire que je connais un excellent succès. À preuve, lors des célébrations entourant le 120e anniversaire du Manoir, on a demandé à la population ce qui les avait marqués au fil du temps. La majorité a répondu la discothèque. La soirée, organisée pour l’événement avec des confrères de l’époque et moi, a connu un succès monstre, tellement qu’elle se serait répétée, n’eût été la pandémie. Mais j’aurai pu accrocher mes tables tournantes avec une activité mémorable.
À l’époque, le Manoir n’est pas isolé ; je passe mes étés dans une discothèque, et mes hivers au chômage à l’arcade. C’est la belle vie. Mais pour mon père, faire tourner des disques jusqu’à trois heures du matin n’est pas un métier. « Tu vas te ramasser avec rien ! » Las de l’entendre, je m’inscris à l’UQAM en communications. Je suis refusé. Qu’importe, je m’inscris en théâtre. Je ferai le changement un moment donné. Je ne me compliquais pas la vie à l’époque.
Après deux sessions d’études plus théoriques et rhétoriques que pratiques à Montréal, je redécroche, et m’inscris dans une école privée de radio-télévision : Promédia. Ça coûte 5000 $ que je n’ai évidemment pas. Et inutile de vous dire que la confiance que m’accordait mon père en matière d’études était plus qu’effritée. Le pauvre m’avait tellement payé de livres de mathématiques au cégep, avant de s’apercevoir que j’étais inscrit en sciences humaines… sans math ! Il finit par accepter.
Et j’adore. On touche à tout : animation radio, télévision, journalisme, presse écrite, on manie la caméra, les consoles, j’aimais tout. Lors de mon stage en radio en banlieue de Montréal, j’avais présenté Herbert Leonard avec un épouvantable accent anglais, même si sa chanson s’appelait Flagrant délit. Les premières fois à la radio sont toujours mémorables. C’est comme si on se retrouvait dans une vie parallèle. Honnêtement, je pense que je viens de trouver ma voie.
Je termine avec succès au printemps 1986, quelques mois avant l’ouverture de CIHO, la radio de Charlevoix. Le regretté Pierre Dufault, l’un de mes professeurs, m’avait écrit que mon style cabotin se prêtait plus à l’animation qu’au journalisme, mais que j’avais le talent pour le faire. Il avait raison. Il fallait que je fasse confiance à la vie pour continuer de faire avancer le tricot de ma carrière.
Le cours se termine, j’applique à CIHO et… je ne suis pas retenu ! Retour à l’arcade. Mais j’ai hérité de la tête de cochon de ma mère.
À suivre…
