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Si les dieux existent

Photo : Andraz Lazic, Unsplash

Vaste question. L’histoire des humains est indissociable de celle des dieux. Devant l’incompréhensible, devant l’insaisissable, nos pauvres cerveaux en quête de sens se tournent invariablement vers l’immanent.

Je vois ça comme un besoin profond de faire valider par plus grand que nous nos valeurs essentielles. Quitte à créer ce plus grand que nous, s’il s’adonne à ne pas exister.

Nos dieux sont à notre image, reflets fidèles de nos horreurs et de nos sublimes, généreux comme Jésus devant Marie-Madeleine, et cruels à damner toute l’humanité pour une pomme croquée. Et je ne parle que de ce que je connais : les dieux d’ailleurs doivent être tout pareils, puisque c’est ce que nous sommes, nous les humains.

La Presse disait cette semaine que les jeunes d’ici désertent massivement les religions. Les déboires de nos fabriques disent à quel point cette nouvelle est vraie. En même temps, le président le plus loufoque de l’histoire des États-Unis lance sa croisade sur les « ennemis d’Israël » — qui ont eux-mêmes, il faut bien le dire, un lourd passif quant à leur application de la loi de dieu — afin de permettre l’avènement de l’apocalypse évangélique. Qui déserte quoi, au juste ?

Aimer par nous-mêmes

Pourtant, quand nous nous mettons collectivement à assumer notre côté le plus noble, nous sommes capables de grandes choses, sans que les dieux aient rien à y voir. En Occident, nous avons eu de grandes ambitions. Nous avons inventé les droits de l’Homme, nous avons crié Liberté, Égalité, Fraternité. Nous avons proclamé le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Nous avons aboli l’esclavage. Nous avons cru que l’ONU pouvait fonctionner… il y a du beau en nous.

Sur notre plancher des vaches, ce beau est partout. Dans ces gens qui mettent en commun leurs ressources et leur courage pour améliorer leur communauté. Dans l’entraide au quotidien, dans les voisins serviables, dans les bonjours joyeux échangés au hasard des petites marches. Dans les combats épiques de ceux qui changent les choses pour vrai.

Tout ça sans dieux. Ou avec… on ne sait pas toujours ce qui motive les gens. Pour ma part, mon cerveau n’arrive pas à affirmer que les dieux existent. Il y en a trop, qui tous se réclament de l’authenticité fondamentale. Qui tous affirment une cosmogonie qui se veut universelle et absolue. Autant d’absolus me donnent le vertige. Et j’en viens à me dire, comme au début de ce billet, que l’humain a fait dieu à son image, et pas l’inverse.

Je me garde quand même une petite gêne, parce qu’on n’a vraiment encore rien compris de cet univers qui nous emporte vers nulle part. Mais au fond de moi, j’aimerais que nous soyons capables de dépasser nos mesquineries ataviques. Que nous soyons enfin capables de décider, lucidement, de nourrir le beau qui nous fait tant de bien, partout, tout le temps. Premier ministre ou commis de dépanneur. Choisir la noblesse de l’âme, bien plus que son salut.

Que nous n’ayons plus besoin des dieux pour nous aimer. Crisse.