On s’est laissé la semaine dernière en plein drame. Alors que je terminais des études en communications qui avaient coûté une petite fortune à mon paternel, la radio qui allait ouvrir dans mon patelin charlevoisien, CIHO, n’avait pas accepté ma candidature. Je ne comprenais pas. On m’a dit que mon style était trop commercial. Mais c’était justement ce que je voulais faire. Être populaire, commercial. Comme la radio voulait se donner une mission plus éducative, retour à l’arcade.
Léo Simard, journaliste et animateur radio et de télé très populaire et respecté dans Charlevoix, alors fraîchement de retour de CHRC à Québec, m’a dit avec son calme légendaire de ne pas m’en faire, qu’ils allaient changer d’idée. « Tu as beaucoup de talent. Ils ne laisseront pas passer la chance de t’engager. » Ah. La tête ne me passait plus dans la porte après ces bonnes paroles. Mais j’étais tout de même toujours à l’arcade, n’ayant pour toute popularité que mes performances à la machine de Star Wars.
De fait, quelques semaines plus tard, le téléphone sonne. Si je veux la job, elle est à moi. Je crois me souvenir qu’un animateur qui avait été choisi s’était désisté. J’étais juste le prochain. J’avais la job par défaut. Dommage. J’étais sur le point de battre un record sur la machine de Star Wars, mais pas grave. Je sais que je serai à ma place.
Et me voici, le 13 octobre 1986, assis devant une console radio, à dire pour la première fois en ondes : « Ici Marc Larouche ». J’avais déjà un peu d’expérience, puisque j’avais animé la série L’entrée des artistes à la télévision communautaire, l’un de mes premiers projets télé. J’avais 17 ans. On y traitait de l’actualité artistique. C’était bénévole, mais j’avais l’occasion d’interviewer plusieurs artistes à Québec, lors des soirées Je danse en français à l’hôtel le Concorde. Lors de ces soirées, la discothèque recevait un artiste québécois. J’y rencontrerai Céline à plusieurs reprises. Anecdote qui a fait que Céline et René se sont toujours souvenus de moi.
Le p’tit gars de Charlevoix
Je croyais que le fait de travailler pour une radio communautaire de Charlevoix était un handicap pour moi face aux artistes. C’était plutôt le contraire. Les artistes se souvenaient toujours de moi, parce que j’étais sympathique évidemment… mais surtout, parce que j’étais le seul ! Les autres journalistes étaient tous de Québec ou de Montréal. Moi, Saint-Hilarion dans Charlevoix. Ha !
Toujours est-il que nous avions souvent un temps maximum alloué pour les entrevues. Avec Céline Dion, je crois me souvenir que c’était cinq minutes. Une fois le temps écoulé, elle ne disait plus un mot, et nous étions invités poliment à laisser notre place.
Toujours, René Angélil écoutait. Et toujours, je le regardais alors avec ma plus belle face déçue et décontenancée. Et toujours, il me rassurait d’un geste de la tête. « Viens en coulisses, le petit gars de Charlevoix avait pas fini son entrevue », disait-il à Céline, une fois que tous les journalistes de la grande ville étaient passés.
Après quelques aventures de ce genre, au fil des mois, c’était devenu un running gag. Je regardais Céline, elle savait que l’entrevue se finirait en coulisses. C’est ainsi que le couple s’est toujours souvenu de moi comme du p’tit gars de Charlevoix.
La vraie de vraie vie
J’étais payé pour avoir du fun. Je l’ai toujours été. Ça se passait bien. Je prenais rapidement ma place avec l’émission À vos Marc. J’ai encore le gilet promotionnel. Évidemment, je n’entre plus dedans. J’avais inventé un petit personnage, Luigi, qui faisait la circulation… en hélicoptère, à Saint-Hilarion, un tout petit village où il y a — disait ma défunte mère — deux maisons, une église et un four à pain. Mais jamais d’embouteillages.
J’avais modifié ma voix, qui était plus haut perchée. Je lui jasais, on se répondait. C’était bien avant les ordinateurs qui modifient la voix en pesant sur un bouton. Je m’enregistrais parlant trèèèèèèèèès lennnnntement sur un gros magnétoscope à bobines, puis je repassais le tout à vitesse normale pour faire naître Luigi. Quelques années plus tard, un certain François Pérusse a eu une idée similaire…
L’un de mes souvenirs marquants est le tremblement de terre de 1988, qui a aussi été ressenti sur la rive sud. J’étais en ondes, en direct. Je suis alors devenu la voix de référence du séisme pour les résidents inquiets… sans savoir de quoi je parlais ! Les détails la semaine prochaine.

